‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravures (volume 3)Chapitre 142 sur 227 · LIVRE 111, CHAP, XVI. ^Ot · texte numérisé non relu

LIVRE 111, CHAP, XVI. ^Ot

Angélique fut satisfaite de la réponse de Roland ^ el , pour ranimer encore davantage , elle l'assura que ses yeux seroient témoins de tous les hauts faits d'armes (^u'il feroit pour la défendre et pour l'acquérir. Quel effet ne produisit point une espérance si charmante sur ie cœur de l'amoureux paladin ! Elle étoit capahle de lui 'faire entreprendre la conquête de toute la terre. Après avoir quitté la helle Angélique, il rencontra ses deux neveux, qui lui apprirent que Renaud étoit devant Albraque. A cette nouvelle, le comte changea de couleur^ la jalousie s'empara de son âme : Eh! que vient-il foire ici? dit-il aux fds d'Olivier. Il paroît un des plus ardents à poursuivre la mort de Trufaldin , répondit Aquilant. C'est tout ce que nous en savons. Ah ! je ne sais que trop, moi, interrompit Roland d'un ton animé, quel motif l'attire au Cathay; mais qu il ne s'attende pas que je souffre tranquillement qu'il vienne traverser mon amour.

Le fds de Milon n'en dit pas davantage ; il quitta les deux frères; et, comme il ('toit déjà tard, il alla se renfermer dans sa chambre, où il se jeta sur son lit; mais il ne put dormir de toute la imit , tant il avoit de peine à calmer ses transports jaloux. Il trouvoit que le soleil tardoit trop long-temps à ramener le jour ; car il hrùloit d'impatience de combattre contre Marphise , pour en venir ensuite aux mains avec un audacieux rival qu'il vouloit obliger par la force des armes à renoncer à la conquête d'Angélique. Je ne puis douter, disoit-il en lui-même, qu'il ne soit venu au Cathay , »omme moi, pour chercher la fille de Galafron. Je me .souviens qu il étoit plus ardent qu'un autre à vouloir

3io rola:^d l'amoureux.

combattre pour sa possession contre le prince Argail. Auroit-il changé de sentiment? Ah! cela n'est pas possible! Cependant, ajoutoit-il en se reprenant, sil aimoit encore la princesse , seroit-il dans le parti de Marphise , et poursuivroit-il avec tant d'animosité la mort de Trufaldin, que Galafron protège? Roland, agité de ces divers mouvements, ne savoit que penser de l'arrivée de Renaud ; et il se proposa de s'éclaircir le jour suivant d'une chose si importante pour son repos.

D un autre côté , les paladins Astolphe et le fils d'Aymon étoient dans une occupation bien différente. Ils s'entretenoient ensemble d'Angélique. Le prince d'Angleterre, étonné de voir son cousin prévenu contre la plus fameuse beauté du monde , lui en demanda la raison. Je l'ignore moi-même, lui dit Renaud, et je n'en suis pas moins surpris que vous. Lorsque cette princesse parut à la cour de France , je fus ébloui comme les autres de l'éclat de ses charmes, et je brûlai d'un ardent désir de la posséder. Cependant, vous le dirai-je ? dans le même temps que je vole après elle pour lui déclarer mon amour , je sens tout -à-coup s'éteindre en moi cette ardeur qui m'enflammoit , et la plus vive aversion succéder à ma tendresse. Ce n'est pas tout : Angélique m'a retiré d'un péril où j'aurois indubitablement perdu la vie sans son secours, et je paie ce service de la plus grande ingratitude. Je vois toute mon injustice ; mais il n'est pas en mon pouvoir de changer les mouvements de mon cœur. Plaignez-moi donc , mon cher Astolphe , et ne me reprochez plus un crime involontaire. L'Anglais , désespérant de vaincre

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