‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravures (volume 3)Chapitre 141 sur 227 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Retour de Roland à Albraqiie, et des mouvements qui l'agitèrent quand il apprit que Renaud étoit au Cathay.

Aussitôt que Galafron fut de retour à Albraque , il y vit arriver le comte d'Angers avec Brandimartet Fleurde-Lys. A voir ce paladin , il ne paroissoit pas que son absence eût laissé sa valeur oisive. Ses armes étoient toutes découpées, et sa cotte d'armes, son panache et le cimier de son casque brûlés j il n'avoit ni lance ni écuj néanmoins sa contenance étoit telle en cet équipage , qu'on jugeoit aisément qu'il devoit être la fleur de tous les gue^-riers de l'univers.

Le roi du Cathay , qui ne l'avoit point vu depuis que ce chevalier l'avoit tiré des mains d'Ar gante, fut transporté de joie de le revoir. Il ne craignit plus rien dès ce moment : toutes les forces de Marphise et de ses al-

liés lui parurent impuissantes, tant qu'il auroit cet insigne guerrier pour défenseur. Et lorsqu'il apprit de Brandimart que le comte avoit privé de la vie Agrican ^ sa confiance en augmenta encore. Trufaldin même, malgré sa timidité naturelle , se sentit tout rassuré quand il le vit de retour. Pour la princesse, elle en eut aussi beaucoup de joie; mais comme le comte d'Angers avoit fait serment de défendre le roi du Zagathay , elle appréhendoit que ses forces incomparables ne devinssent funestes à Renaud. Dans cette appréhension , et pour détourner le péril qui menacoit une tête si chère, elle se proposa d'engager Pioland à combattre contre la reine persanne. Pour y réussir, elle tint ce discours à ce paladin : Fameux chevalier, dont la valeur a toujours été mon appui dans les infortunes qu'une beauté funeste m'a attirées , cesserez-vous de me défendre lorsque le sort me suscite une ennemie plus redoutable que tous les guerriers du monde. La terrible Marphise s'est unie contre nous avec Torinde; elle a juré la mort de Trufaldin et ma propre perte. Vous pouvez seul me rassurer en allant la combattre, et c'est une chose que j'attends de l'affection que vous avez pour moi.

Ma princesse, répondit Roland, je vous ai consacré mes services ; pouvez-vous penser que je vous abandonne , quand vos états et vos jours sont en péril ? Ah ! je vous défendrai contre Marphise et contre l'univers entier. Je vous l'avouerai pourtant , j'ai quelque répugnance à tourner mes armes contre une personne de votre sexe. Ma gloire en gémit , mais vous m'êtes plus chère que ma gloire même. Il s'agit de voti-e sûreté, je n'écoute plus rien.

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