‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravures (volume 3)Chapitre 152 sur 227 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Du projet ambitieux d'Agramant , et pourquoi il assembla à Bizerte tous les rois d'Afrique , ses vassaux.

LEsannalesdu fameuxTurpin rapportent que le grand Alexandre, après qu'il eut soumis toute l'Asie à sa puissance, voulut passer en Egypte , où il devint amoureux d'une belle dame. Pour témoigner l'amour qu'il lui portoit, il fit bâtir sur le bord de la mei-, dans le lieu qu'elle habitoit, une grande ville, qu'il nomma Alexandrie , et cette ville a été depuis la capitale de l'Afrique.

Ce conquérant se rendit de là à Babylone, où il établit le siège de son empire ; et c'est là que , parmi les délices auxquelles il s'abandonna , il fut empoisonné par ceux de ses courtisans qui avoient le plus de part à sa confiance. Sa mort apporta bien du cliangement dans les provinces soumises à son empire : elles furent démembrées; les capitaines qui y commandoient pour lui s'en emparèrent ; et de tous les états qui ne reconnoissoient que sa puissaiice , il se forma plusieurs royaumes , qui furent plus ou moins considérables.

Lorsque la belle Elidonie, c'est ainsi que se nommoit la dame égyptienne qu'Alexandre avoit aimée , apprit la mort de ce monarque, elle étoit enceinte. Comme clic

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appréhendoit que celui des successeurs de ce prince qui commençoit à régner en Egypte ne se portât à quelque violente résolution contre son fruit , pour affermir sa domination nouvelle , cette dame s'enfuit dans une barque, qui fut poussée par les vents sur les côtes de Barbarie. Elle trouva un asile cbez un pêcheur, dont la femme l'aida à mettre au monde trois enfants , qui se rendirent depuis fort puissants dans ces provinces méridionales j et ce fut en mémoire de leur naissance qu'on bâtit dans la suite, en ce lieu , une ville que l'on nomme encore à présent Tripoli.

Ces trois princes furent toujours fort unis; ils vainquirent Gorgon , roi d'Afrique, dont la défaite les rendit maîtres de tous ses états. Avec la possession de tant de provinces, ils acquirent l'amour et l'estime de tous ces peuples. Ceux mêmes des contrées les plus reculées , charmés de ce que la renommée publioit de la douceur et de la générosité des trois frères, se soumirent volon tairement à leur empire ; de manière qu'enfin , depuis l'Egypte jusqu'aux extrémités du royaume de Maroc , tout reconnut leur puissance. Les deux premiers nés moururent sans laisser de postérité; et le troisiènïe, nommé Artamandre , réunit sous sa domination tous les royaumes qu'ils avoient acquis ensemble par leurs victoires ou par le bruit de leurs vertus. C'est de cet Artamandre que descendirent les princes et les autres grands hommes qui depuis firent tant de maux aux chrétiens, qui s'emparèrent de l'Espagne, d'une partie de l'Italie, et qui ravagèrent plus d'une fois la France. De ce prince sortirent en ligne directe le puissant roi Brabant, que lempereur Charles mit à mort en Espagne,

33l) ROLAND l'amoureux.

le roi Agolant , père du roi Trojan, et les vaillants prïjices don Clario et Roger de Rize.

Trojan laissa un fils, qui recueillit toute la puissance de ses prédécesseurs. Ce jeune prince, appelé Agrainant, fut empereur de toute l'Afrique , et tous les rois de cette partie du monde étoient ces vassaux. Ce monarque ambitieux, non content de voir tant d'états sous son empire, ne fut pas sitôt installé sur le trône après la mort de Trojan , qu'il brûla du désir d asservir les chrétiens, et de venger sur eux tant d'illustres guerriers de son sang qui avoient péri soiis le fer de Charles et de ses paladins.

Dans cette résolution, il manda tous les princes africains, qui se trouvèrent au jour marqué dans la fameuse ville de Bizerte, où cet empereur tenoit sa cour. Il vouloit leur communiquer le glorieux dessein qu'il avoit formé. Ils étoient au nombre de trente-deux ; là salle où ils s'assemblèrent avoit deux cents pas de longueur et cinquante de largeur. Tout y étoit pompeux, les lambris et les ameublements. Les batailles d'Alexandre le Gi'and y étoient représentées dans d'excellents tableaux et dans les superbes tapisseries dont les murs étoient parés. A l'approche de ces princes, Agramant, revêtu de ses habits royaux , se leva de son trône, tout brillant de pierreries. Il les embrassa tous d'une manière engageante, et les fit asseoir sur trente-deux chaises dor , placées à côté de lui; et au bas du trône les autres seit-neurs se mii^ent sur des sièges, chacun selon son rang. Aussitôt que l'empereur fit connoître ([u'il alloit expliquer ses intentions, le silence régna dans rassemblée , et ce monarque leur tint ce discours :

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