‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravures (volume 3)Chapitre 154 sur 227 · LIVRE IV, CIIAP. I · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CIIAP. I

pas, grand roi, que votre enlreprise réussisse. Yoiis vous imaginerez peut-être que la crainte ti'ouble mon esprit, et m'oblige à vous tenir ce discours, pour me dispenser de vous suivre,- mais je jure, par notre grand prophète, que, malgré mes cheveux blancs, je ne me sens pas moins de courage que j'en avois lorsque j'allai à Rize trouver le brave Roger. La crainte n'a donc [)oint de part au conseil que je vous donne,- c'est le zèle que j'ai pour vous et pour la patrie qui vient de me l'inspirer.

Quand le sage Sobrin eut cessé de parler, un jeune prince, qui l'avoit impatiemment écouté, prit la parole; c'étoit l'impétueux Rodomont, roi de Sarse et d'Alger, fds du fort Ulien , mais beaucoup plus fort et plus courageux que son père. Nul mortel dans l'univers n'avoit plus d'arrogance : il méprisoit tous les humains, et l'orgueilleux Ferragus étoit seul comparable à lui. Que les vieillards , dit-il, sont de mauvais conseillers dans de pareilles occasions ! Le froid des années leur glace le courage. Nécoutez point , grand prince , ce vieux roi de Garbe, qui n'est propre qu'à détourner des hautes entreprises les cœurs généi'eux. Ce n'est point ces têtes blanches qu'il faut consulter; ce qu'on regarde en eux comme de la prudence n'est le plus souvent que foiblesse. Poursuivez donc votre dessein, seigneur; je serai le premier à marcher sur vos pas, et je suis prêt à soutenir par les armes que tous ceux qui ne vous conseillent pas de passer en France sont des lâches, qui ne méritent que vos mépris et votre indignation.

Le superbe Rodomont, dont la valeur ne nous fournira dans la suite que trop de matière à raconter des

3!^ r.OTAXD j/amoureux.

faits prodigieux , acheva ces paroles en regardan-t d'un œil furieux toute rassemblée. Personne n'osoit le contredire, parce que tout le monde le craignoit , excepté Je roi des Garamantes, qui étoit un prince âgé d'un siècle. Ce vénérable vieillard entreprit de réprimer la fougue de cet audacieux, dont larrogance le choqua. Il avoit observé les astres , comme gfrand astrolo£-ue qu'il étoit. Nulle chose dans la conotitution du ciel et des corps célestes ne lui étoit cachée. Il connoissoit favenir comme le présent; et telles étoient ses supputations astronomiques, que le temps justifioit toujours la certitude de ses prédictions. Il s'éleva contre Rodomont avec gravité, et l'apostropha dans ces termes :

Jeune homme, parce que tu es fort et courageux, tu t'imagines être en droit de parler en maître, et que l'on doit suivre aveuglément tes avis. Apprends à resj^ecter les personnes que 1 âge et l'expérience ont rendues plus sages et plus habiles que toi. L'impétuosité de tes passions, auxquelles tu cèdes sans résistance, empêche plusieurs princes de cette assemblée de combattre ton sentiment. Ils ne veulent pas se commettre avec un furieux tel que toi; mais ne pense pas que la même crainte qui les retient, ni tes menaces, me ferment la bouche. Je déclare à notre grand monarque ce que je sais de l'événement de la guerre contre les chrétiens. Oui, noble Agramant, continua-t-il en se tournant vers le roi d Afrique, j ai consulté les astres sur le dessein que vous fox^mez, et je n'y vois que des présages sinistres.

Quoi ! interrompit le fils de Trojan , les astres ne nous promettent que des infortunes ? Tant de milliers

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