‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravures (volume 3)Chapitre 176 sur 227 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

De l'accident qui arriva dans la forêt d'AIhrarjue à la princesse du Cathay.

Pendant que ces choses se passoient en Altin , Angélique, dans la ville d'Albraque , ne songeoit qu'à prendre le chemin de la France, où elle savoit que Renaud s'en retoui'noit j mais il lui falloit un prétexte pour entreprendre ce voyage avec bienséance : d'ailleurs , la reine Marphise étoit encore au Cathay, dont Galafron tàchoit de lui rendre le séjour agréable par tous les honneurs qu'il lui rendoit.

Un jour , entre autres , la princesse Angélique , poui divertir la guerrière, fit préparer une chasse dans la

l'orêt d Albiaque, au retour de laquelle il devoit y avoir un grand festin aux flambeaux , sous des cabinets de feuillages qu'on avoit fait faire dans le plus bel endroit du bois. Les chiens lancèrent un cerf, les chasseurs se mirent sur les voies, et la fdle de Galafron comme les autres. Ils coururent pendant une partie du jour; mais l'ardeur de la chasse, et le défaut de quelques chiens qui prirent le change, dispersèrent les chasseurs. Angélique se trouva seule ; la solitude réveilla son amour. Elle descendit de cheval, et s'assit auprès d'un arbre, où elle se mit à rappeler dans sa mémoire tout ce qui lui étoit arrivé depuis le jour fatal qu elle rencontra le fils d'Aymon dans les Ardennes. Quelles cruelles réflexions ne fit-elle point! Hélas! disoit-elle en soupirant, ingrate que je suis , je donne la mort au fameux comte d'Angers , qui m'adore et qui m'a rendu de si grands services. Et pourquoi lui ai-je fait un si injuste traitement pour sauver la vie au cruel Renaud, qui me méprise? que dis-je ? qui ne peut me voir sans horreur ?

Tandis qu elle s'abandonnoit aux différentes pensées qui s'offroient à son esprit , un nain contrefait , qui passoit dans la forêt, l'apercevant au pied de farbre, s'approcha respectueusement d elle. Il avoit un habit de pèlerin avec un rochet de cuir sur ses épaules , et portoit en sa main un bourdon. Madame, lui dit-il, en se jetant à ses pieds , puisque vous avez l'éclat et la beauté des divinités qui régnent sur nps destinées, j'espère que vous en aurez aussi la bonté, et que vous voudrez bien accorder quelque assistance à un malheureux qui en a besoin. La princesse lui donna plusieurs pièces d'or quelle avoit sur elle ; il les reçut avec de si grandes dé-

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