‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravures (volume 3)Chapitre 183 sur 227 · LIVRE IV, CHA.P. XI · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHA.P. XI

voit été forgée que poui' le faire mourir. Ensuite il voulut l'obliger à lui enseigner les entrées et les sorties de son jardin ; néanmoins , quelque menace qu'il pût lui faire, il lui fut impossible d'en tirer une seule réponse. Mauvaise femme, lui dit le chevalier , je devrois par ta mort te punir de tous les maux que tu as faits ; mais je ne puis me résoudre à tremper mes mains dans ton sang. Ne crois pas pourtant que je te laisse en état de t'opposer au dessein que j ai de détruire ton jardin et tes prisons. Alors Roland fit des bandes des propres vêtements de Falerine, avec quoi il la lia très-étroitement à un arbre. Elle étoit si bien attachée, qu'une personne libre de ses mains auroit eu de la peine à la détacher.

Après avoir pris cette précaution , il quitta la magi cienne. Il ouvrit le petit livre pour y chercher l'instruction que Falerine lui avoit refusée. Il trouva qu'il lui falloit marcher vers un grand étang sur sa gauche, et que , pour éviter un péril auquel il seroit exposé sur ses bords , il devoit se boucher les oreilles jusqu'à s'ôter la faculté d'entendre. Le guerrier, profitant de cet avertissement, les remplit d'une grande quantité de roses; et lorsqu'il crut pouvoir marcher sans crainte vers l'étang, il en prit le chemin. Dès qu'il y fut arrivé, une sirène parut sur la surface de l'eau : elle se regardoit dans un petit miroir qu'elle tenoit d'une main, et peignoit de l'autre ses longs cheveux, en chantant d'un ton de voix si puissant sur les cœurs , que les oiseaux et les bêtes sauvages mêmes accouroient de tous côtés pour l'entendre ; mais à peine en avoient-ils ressenti la douceur quelques moments , qu'enivrés d'un si doux Roland i. 'Amoureux, r. a5

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plaisir, ils tomboient sur l'herbe, privés de l'usage de leurs sens. Roland, de qui les oreilles n'étoient pas frappées de ces sons enchanteurs , n avoit point à craindre l'effet qu'ils produisoient. Néanmoins , suivant ce que marquoit son livre, il fit semblant de s'y laisser surprendre, et tomba sur les bords de l'étang , comme s'il eût été enseveli dans une profonde léthargie. La sirène y fut trompée; elle s'approcha du chevalier, dans le dessein de le tirer dans l'étang , et de l'y noyer. Mais le guerrier , se relevant soudain , se jeta sur elle , la saisit par les cheveux ; et pendant qu'elle continuoit de chanter , pour charmer ses sens, il lui coupa la tète avec Balisarde ; ensuite il frotta son casque et le reste de ses armes du sang de la sirène , parce que cette précaution lui étoit prescrite dans le livre.

Le paladin, se voyant hors de péril, se déboucha les oreilles , et marcha le long de l'étang. Il traversa une vaste plaine , au bout de laquelle une haute muraille s'ouvrit à son approche. Il parut un taureau qui avoit des cornes de feu ; mais le comte en coupa une avec Balisarde. Cependant l'animal le renversa du choc de 1 autre corne, qui , composée d'un feu plus subtil que celui de l'éclair de la foudre , l'auroit consumé par sa seule atteinte, lui et ses armes , s'il ne les eût pas arrosées du sang de la sirène. A peine s'étoit-il relevé et remis en défense , que le taureau revint sur lui en mugissant d'une manière effroyable de la douleur qu'il avoit sentie de sa corne coupée ; mais le chevalier prit si bien son temps pour décharger Balisarde sur la corne qui restoit , qu'il eut le bonheur de la couper aussi. Alors le taureau fut englouti par la terre, qui s'ouvrit

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