CHAPITRE XV
Comment le fils de Milon, après avoir délivré les prisonniers de Morgane, sortit de l'île du Lac.
Aussitôt que les prisonniers aperçurent Roland , et qu'ils virent que ce généreux chevalier mettoit la clef d'argent dans la serrure d'émeraude , leurs cœurs tressaillirent de joie. Et quand leur illustre libérateur, sans avoir rien rompu, eut heureusement ouvert la porte, ils vinrent tous à l'envi le remercier. Mais ceux qui firent le plus éclater leur reconnoissance furent ses deux neveux, son cousin Renaud, Brandimart et Dudon.
Ils paroissoient charmés de le revoir; Renaud surtout l'embrassa plus de cent fois, et Roland se prêtoit à ses caresses avec autant d'ardeur que lui. Ces deux fameux guerriers n'avoient plus de ressentiment l'un contre l'autre. Le comte d Angers fit des excuses à son cousin de tout ce que la jalousie lui avoit fait entreprendre contre lui ; et le seigneur de Montauban de son côté lui protesta qu'il ne le troubleroit jamais dans la recherche d'Angélique, dont il 1 assiua que son cœur étoit entiè-
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lenient détaché. Après cela, Roland demanda aux autres chevaliers qui d'entre eux étoit le jeune prince que Morgane aimoit , leur déclarant à quelle condition il avoit obtenu de la fée la clef du palais de cristal. Le fils du roi Monodant, qui s'étoit attendu à recouvrer sa liberté comme ses compagnons , fut vivement touché d'apprendre qu'il lui faudroit demeurer encore au pouvoir de Morgane. Ce n est pas qu il n'aimât cette fée; mais il souffroit impatiemment que son courage languît dans loisiveté. Le comte fut d'autant plus sensible à la douleur du jeune Ziliant , que c etoit ce prince qui lui avoit conseillé de poursuivre Morgane. Il lui témoigna combien il étoit mortifié d'avoir promis de le laisser à la fée. Il fit plus : il le prit en particulier, et l'assura qu'il reviendroii le délivrer.
Après cette assurance, Ziliant modéra son affliction. Sur ces entrefaites , Morgane arriva. Elle dit au comte de la suivre avec tous les autres chevaliers , excepté le fils du roi Monodant. Elle leur fit passer un grand parterre coupé de plusieurs canaux , et garni tout autour de statues d'or massif. Elle les conduisit de là à un magnifique portail de même matière que le palais. La porte étoit alors ouverte , mais le passage n'en étoit pas plus libre, et personne, sans le consentement de la. fée, ne pouvoit passer. D ailleurs un large fleuve qui tournoit tout autour de lîle , et qui la faisoit nommer l'île du Lac , lavoit le seuil du portail , et s'opposoit au désir de tous ceux qui auroient voulu sortir du jardin malgré Morgane. Là , cette fée dit au fils de Milon : Seigneur chevalier, il n'est pas nécessaire que j'aille plus loin ; je vous accorde le pouvoir de passer cette porte avec vos