CHAPITRE X
De l'arrivée de Roland aux Ai dennes , et de la joie qu'il eut de trouver Angélique endormie.
D'un autre côté , le comte d'Angers avoit si bien pressé les flancs du vigoureux Bridedor , qu'il arriva dans ce temps-là aux Ardennes. Impatient de rencontrer Angélique , il commence à parcourir cette forêt si fertile en aventures , et son destin le mène à l'endroit où le sommeil, par ses douces vapeurs, suspendoit les ennuis de la princesse. Ciel ! quelle fut la joie de ce paladin , lorsqu'il aperçut l'objet qui régnoit si souverainement dans son cœur ? Quand il auroit bu toutes les eaux de la fontaine de l'amour , il n'aùroit pas pris plus de plaisir à regarder la fille de Galafron; il sembloit n'avoir lusage de ses sens que pour l'admirer.
Il est vrai qu'on ne pouvoit la considérer tranquillement : on ne voyoit sur son visage aucune impression des cruelles peines de son cœur ; son teint consei'voit toute sa vivacité, et paroissoit même en recevoir une nouvelle de l'assoupissement de ses sens : on eût dit qu'il naissoit des fleurs autour d'elle , et le ruisseau qui couloit dans la prairie sembloit dire par son murmure qu'il reposoit sur ses bords une beauté encore plus redoutable que son eau.
L amoureux paladin, dans l'excès de son ravissement, n'osoit en croire ses yeux : il appréhendoit que ce ne lut une illusion ; il ne savoit quel parti prendre. Que