CHAPITRE XI
Combat de Ferragus t-t de Roland ; et pouixjuoi Ils furent oblifjes de suspendre leurs coups.
Ils recommencèrent à se frapper d une manière à causer de l'épouvante à ceux qui en auroient été témoins. Le comte d An^jers ne crovoit pas qu il v eût au monde un chevalier capable de lui résister, et le fds de Marsille se regardoit comme le premier de tous les guerriers de la terre; mais quand ils se furent éprouvés quelque temps, ils reconnurent bien ijue lun n avoil "fuère d avantage sur fautrc.
Ô'a ROLAND l'amoureux.
Ils ne se contentèrent pas de se porter les plus horribles coups; ils se lançoient des regards épouvantables, comme pour s'oter l'un à l'autre toute assurance; néanmoins, voyant qu'ils étoient encore sur pied, malgré tout ce qu'ils avoient déjà fait pour s'abattre et s'arracher la vie, chacun s étonne de la valeur de son ennemi : leurs écus, leurs cuirasses et leurs épaulières sont en pièces; et si leurs bras nus ne pouvoient être coupés, parce que les chevaliers étoient fées, ils paroissoient du moins meurtris et plus noirs que du charbon.
Dans le temps qu ils employoient tous leurs efforts à se détruire, il arriva dans la prairie une dame montée sur une blanche haquenée, et suivie d'un vieil écuyer. Infortunée que je suis! disoit-elle à haute voix, ne pourrai-je trouver ce que je cherche depuis si long-temps? Ne rencontrerai-je personne qui puisse mapprendre des nouvelles de Ferragus? En disant ces paroles, elle jeta les yeux sur les combattants, et reconnut le Sarrasin. La surprise et la joie qu'elle eut de le voir firent que, sans faire attention au péril où elle alloit se mettre, elle poussa sa haquenée au milieu des deux guerriers. Quelque acharnés qu'ils fussent l'un contre l'autre, ils s'arrêtèrent dans le moment, de peur de blesser la dame. Elle les salua, puis s'adressant à Roland, elle lui tint ce discours : Koble chevalier, je vous conjure, par la dame que vous aimez, de m'accorder un don : c'est de cesser votre combat avec Ferragus. Notre famille, que le malheur poursuit, a besoin de votre secours ; si la fortune nous regarde jamais d'un œil plus riant, je vous assure que je reconnoîtrai par d'éclatants services cette insigne faveur.