‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravures (volume 3)Chapitre 30 sur 227 · LIVRE I , CHAP. XII · texte numérisé non relu

LIVRE I , CHAP. XII

Les troupes firerît tant de diligence, qu'elles eurent en peu de temps gagné les monts Pyrénées, d'où elles commencèrent à s' apercevoir de la désolation qui régnoit en Aragon et dans la Catalogne : elles passèrent le col de Pertuis avec assez de peine, et arrivèrent enfin à Gironne, où elles trouvèrent le roi Marsille. Ce prince venoit de s'y rendre ; il avoit eu l'adresse de se sauver de Cordoue, où les Séricans le tenoient prisonnier. Outre la joie qu'il avoit de se voir libre, et d'avoir avec lui le roi Morgant, l'argalife et l'amiral d'Espagne, il goùtoit celle d'être avec son cher fils Wîrragus, que Fleurd'Epine lui avoit ramené. 11 paroissoit déjà consolé de son malheur, et le secours de France acheva de le rassurer.

Le roi Gradasse cependant faisoit le siège de Barcelonne, et cette grande ville, réduite à l'extrémité, étoit sur le point de se rendre , lorsqu'un exploit vigoureux en retarda la réduction. Quelque resserrée que fût la place, Grandonio trouva le moyen de s'y jeter une nuit en forçant un quartier des Séricans. Gradasse n'en étoit donc point encore maître, quand le bon roi Marsille, fortifié du secours des Français, et ayant rassemblé tout ce qui lui restoit de troupes, tint un conseil de guerre. 11 y fut résolu qu'on marcheroit vers Barcelonrte, enseignes déployées, pour en faire lever le siège.

Aussitôt quon eut pris cette résolution, l'armée se mit en marche; elle étoit partagée en trois corps. Renaud et ses frères conduisoient le premier. Ferragus, accompagné d'isolier, de Mataliste et de Serpentin, coinmandoit le second; et le roi Marsille étoit à la tête

()8 ROLAND l'amoureux.

du troisième, avec les deux rois Balugant et Morgant, Spinelle , l'argalife et l'amiral. Ces corps marchoient un j>eu séparés et en bonne contenance : on voyoit les enseignes briller aux rayons du soleil, et flotter dans les airs au gré des vents.

Lorsque cette armée fut arrivée dans la plaine, ceux des ennemis qui étoient dans les postes les plus avancés l'aperçurent, vinrent la reconnoître, et allèrent faire leur rapport à Gradasse, qui fit appeler quatre des principaux chefs, Cardon, Francart, Urnasse et Stracciabère ; ils étoient rois tous (Quatre, et n'avcient pas moins d'expéiùence que de valeur. Il leur commanda de demeurer au siège avec un certain nombre de troupes, et de disposer toutes choses pour donner ce jour -là un assaut général. Faites en sorte, ajouta-t-il, que cette ville tombe sous ma puissance sans retardement. Que de tous ceux qui voudront vous résister, aucun n'échappe au tranchant du cimeterre, excepté cet audacieux Grandonio, qui a eu l'insolence de m'envoyer dire qu'il prétendoit lui seul défendre la place contre toute mon armée. Gardez-vous bien de lui ôter la vie ; qu'on se saisisse du téméraire, qu'on le charge de fers; pour le punir, je veux le faire combattre contre mes dogues , après que j'aurai mis en déroute les troupes chrétiennes et sarrasines qui viennent à nous.

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