LIVRE I, CHAP. XV. ôï
permis de disposer de moi avant le combat dont je suis convenu avec le roi Gradasse ; mon honneur et ma parole m'y engagent.
Le paladin cessa de lui parler. Maugis employa prières, caresses, raisons pour persuader Renaud; mais, voyant qu'il n'y pouvoit réussir , la patience lui échappa : Fils d'Aymon, lui dit-il en colère, puisque de tous les services que je t'ai rendus, je ne tire point d'autre fruit que celui de te voir insensible à ma disgrâce ; puisque, malgré le sang qui nous lie , et l'amitié qui m'a jusqu ici attaché à toi , tu consens de me laisser mourir dans une affreuse prison , peut-être même dans les supplices , je me déclare ton ennemi. Cï'ains mon ressentiment , crains que je ne nuise à tes desseins plus que tu ne penses. Alors il disparut à ses yeux, et se fit porter sous des arbres , ou il pouvoit faire ses conjurations sans témoins.
Aussitôt Draguinasse et Falsette , esprits dont il se servoit ordinairement , accoururent à sa voix. Falsette se revêtit par son oi'dre de la figure et de l'habit d'un héraut du roi Marsille ; il se rendit à la tente du roi dç Séricane , et le pria de la part de Renaud de se trouver vers le milieu du jour au lieu marqué pour le combat. Gradasse eut tant de joie de ce message , qu'il donna sur-le-champ à Falsette une riche coupe d'or admirablement travaillée ; présent dont le démon ne fit pas grand cas, mais qu'il accepta pourtant avec de grands remercîments, pour mieux s'acquitter de sa commission.
Roland l'Awourf.ux. i.
8^ ROLAXD l'amoureux.