‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravures (volume 3)Chapitre 45 sur 227 · LIVRE I, CHAP. xvm. C)y · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAP. xvm. C)y

du rocher. Cette roche avoit pour le moins trois cents toises de hauteur. Le ciel me secourut en cette extrémité. Un assez grand nombre de pruniers sauvages sortoient des veines de terre qui se trouvoient dans le roc; ces arbres étoient situés de distance en distancejusqu'en bas. Les premiers que je rencontrai en tombant rompirent le coup. L'un me rejeta sur l'autre. Enfin, je m'y attachai des pieds et des mains, et je fis si bien, que je me glissai heureusement jusqu'au bas du roc.

Le bon ermite alloit achever son récit, quand il vit venir du côté qu'il étoit tourné le monstrueux cyclope dont il parloit. A cette vue, saisi d'effroi , il dit au comte : Adieu , chevalier, je vois paroître le monstre; le ciel veuille vous secourir. En disant ces paroles, il courut gagner un petit bois qui n'étoit pas éloigné, tandis que le géant, la barbe et les mâchoires sanglantes, s'approchoit en regardant de tous côtés avec son grand œil. Lorsqu'il eut découvert le guerrier, il s'avança pour le considérer de plus près. Il se mit à le tâter, et il fourroit ses doigts sous ses armes pour mieux juger du nouveau mets que le hasard lui présentoit. 11 le prit ensuite par le cou , et le secoua de toute sa force pour le dégager de ses chaînes. 11 lui faisoit craquer les os d'une étrange manière; quelques efforts pourtant qu'il employât, jamais il ne put détacher le paladin des liens de fer qui le retenoient. 11 alloit l'en tirer par morceaux, et le déchirer avec ses dents et ses ongles crochus , s'il n'eût pas aperçu Durandal à terre. 11 ramassa cette épée, et en décliargea un si furieux coup sur le dos de Roland, qu'il coupa les chaînes en deux ou trois endroits.

RoLVND l'Amoureux, i. n

y)0 ROLAND l, AMOUREUX.

Quoique le comte d'Angers ne pût être blesse , il ne laissa pas de ressentir une extrême douleur de la pesanteur du coup ; mais la joie de se voir délivré l'en consola. Il se releva légèrement , acheva de se dégager de ses chaînes, et se saisit du grand bâton ferré que le sauvage avoit appuyé contre un cyprès pour prendre Durandal. Le géant fut assez surpris quand il vit que le chevalier s'avançoit sur lui pour le combattre j il avoit compté qu'il se laisseroit emporter et manger aussi docilement que les ermites. Les voilà donc aux mains, chacun ayant les armes de son ennemi ; le paladin se pressa de porter le premier coup ; mais le cyclope, qui avoit le même dessein, rencontra le grand bâton ferré du tranchant de Durandal, et le coupa par le milieu. La bonne épée ne s'arrêta pas là* elle descendit à plomb sur le casque de son maître, et en rompit la visière et les courroies. Le casque n'ayant plus de soutien, toniba; le comte, qui voyoit sa tête et son bras désarmés , s'élança sur le géant , le joignit , et s'attachant à son bras, s'efforça de lui arracher Durandal. L'anthropophage, au lieu de se refuser aux approches du comte, s'y prêta; il jeta même loin de lui l'épée, pour mieux satisfaire sa faim dévorante, et porta avec avidité ses dents et ses oncles sur la tête nue de Roland. Toutes les parties du visage de cet invincible guerrier en furent meurtries ; mais ces dents et ces griffes , qui auroient écrasé la hure d'un sanglier, ne purent entrer dans une tête féée.

Quelque surpris que fût le cyclope de trouver tant de résistance dans une chair qu'il avoit jugée plus délicate , il ne perdoit cependant pas l'espérance de pou-

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