‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravures (volume 3)Chapitre 54 sur 227 · LIVRE I, (;HA1>. XXI. Ilt · texte numérisé non relu

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l'audace de son paladin , lui en fit le portrait en deux mots ; à quoi le comte Ganelon ajouta : Sire , c est un fanfaron qui réjouit quelquefois par ses saillies l'empereur et toute sa cour. Mais ne vous arrêtez pas à ses paroles j on tiendra la promesse qui vous a ëtë faite. Le généreux Serpentin, qui se tiouva présent à ce disours , ne put, quoique Sarrasin, souffrir linjure que faisoit au paladin français son propre compatriote , et dit au roi de Séricane : Seigneur , le témoignage que je dois à la vérité m'oblige de vous avertir que le prince Astolphe est fils du roi d'Angleterre , qu'il n'est point tel qu'on vous le représente ; il est courageux , et je lui ai vu faille des actions dignes d'une immortelle gloire. C'est lui qui aux dernières joîites de Paris abattit le fort Grandonio, et lui ravit l'honneur que ce roi sarrasin étoit prêt de remporter. Isolier et Mataliste dirent la même chose au monarque indien ; de sorte que Ganelon se vit obligé de répondre aux discours de Serpentin , pour éviter le reproche d'imposteur: 11 est vrai , Seigneur, dit -il à Gradasse, que cet Astolphe s'est maintenu heureusement dans les dernières joutes de Paris; mais je l'ai vaincu moi-même en d'autres occasions.

Après que Ganelon eut ainsi parlé , le judicieux roi de Séricane , qui avoit fort bien démêlé que ce Mayençais étoit naturellement envieux , qu'il n'avoit en vue que sa liberté , lui répliqua dans ces termes : Je veux croire ce que vous avancez ; mais enfin ce prince , que vous me dépeignez comme un homme vain , paroît avoir du courage. J'accepte le défi qu'il me fait, à condition qu'il m'amènera Bayard ; mais s'il y satisfait , et que je vienne à le vaincre, ne pensez pas, votre maître

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et vous, que je sois tenu de vous remettre en liberté, puisque je ne devrai qu'à ma valeur le fameux coursier que je veux avoir. En achevant ces paroles , il fit remener l'empereur et ses paladins sous les tentes destinées pour les prisonniers de considération.

Oh ! que le bon Charlemagne étoit irrité contre Astolphe , de ce qu'il lui faisoit perdre , par une bravoure mal entendue, l'occasion de recouvrer son empilée et sa liberté ! Mais l'Anglais , qui n'étoit pas moins en colère contre lui que contre le Mayencais , ne s'inquiétoit guère du chagrin qu'il en pouvoit avoir.

D abord que le jour parut , Astolphe , revêtu de ses armes magnifiques, et monté surBayard, sortit de la ville de Paris ; il portoit sur sa cuisse la merveilleuse lance d'Argail. Le soleil montroit ses premiers rayons lorsqu'il arriva aux barrières du camp des infidèles; au bruit de son cor , que le paladin fit retentir ii son arrivée , on en porta la nouvelle au roi de Séricane , qui se pressa de se faire armer. Ce monarque, impatient de combattre, s'étant rendu au lieu où son ennemi l'attendoit, vit avec joie qu'il étoit monté sur Bayard; il le salua fort civilement, et lui dit d'un air riant : Brave chevalier, quelque estime que la franchise de ton procédé me donne pour toi, je ne puis m'empêcher de te dire que tu es plus homme de parole que celui dont tu soutiens si hautement les intérêts. Roi magnanime, lui répondit du même ton le prince anglais , quelque déférence que je veuille avoir pour vous , je ne puis convenir que le noble fils d'Aymon soit homme à manquer de parole. Il m'avoit pourtant défié , reprit Gradasse, et promis de se trouver au bord de In mer, où nous devions combattre pour

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Bayard; je l'y attendis inutilement tout un jour. S'il u<i s'y trouva pas, repartit Astolphe, il eut sans doute de fortes raisons qui l'empêchèrent de s'y rendre; mais enfin, seigneur, puisque vous ne deviez tous deux con)battre que pour Bayard, je vous amène ce bon coursier, que je suis prêt à dêfendi-e contre vous. L% comte Ganelon, lui dit le roi, t'a voulu faire passer dans mon esprit pour un bouffon ; mais le courage que tu me fais remarquer dans tes discours m'oblige à mieux penser de toi. J'accepte ton défi : si le sort et ma valeur me donnent la victoire sur toi, je n'en veux point d autre prix que Bayard; fais de ton côté tes conditions, et je jurerai de les observer.

Si j'ai l'honneur de vous vaincre, seigneur, répondit le prince d'Angleterre, j'exige premièrement que vous reconnoîtrez Renaud de Montauban pour un chevalier sans peur et sans reproche; que vous mettrez en liberté l'empereur et ses paladins, et que vous, retournerez aussitôt dans vos états. J'accepte ces conditions, répliqua le roi, et je jure par mes dieux que je m'y soumettrai, si tu es mon vainqueur.

Alors ces deux princes s'éloignèrent pour prendre du champ. Gradasse empoigne sa forte lance, et se sent capable de renverser une tour. Le paladin de son côté s'affermit sur ses étriers; et s'il n'a pas tant de force que son ennemi, il en a du moins tout le courage; l'un monté sur l'Alfane, et fautre sur Bayard, ils viennent à se rencontrer furieusement; mais à peine la lance d'or a-t-elle touché Gradasse, qu'il se sent enlever hors des arçons, et si malheureusement pour lui, qu'il se démit le bras en tombant.

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Le monarque indien, quand il se vit à terre, fut plus surpris qu'il ne l'avoit été de sa vie. La honte de se voir hors de combat d'un seul coup de lance, et de perdi'e ses prétentions sur Bayard, l'afflige plus que la douleur qu'il ressent de son bras; û se leva, et marchant vers Astolphe, qui venoit à lui : Brave clievalier, lui dit-il, tu m'as vaincu. Viens donc, je vais te rendre les prisonniers, et j'observerai très-exactement les autres conditions de notre accord. Ces deux guerriers prirent ensuite le chemin du camp ; ils mai^chent à côté l'un de l'autre, et le roi rend au prince anglais tout l'honneur que méritoit le grand exploit qu'il venoit de faire. Astolphe le pria de ne pas apprendre d abord à Charlemagne quel avoit été l'événement du combat, paixe qu'il vouloit se venger par quelque innocente raillerie du mauvais traitement qu'il en avoit reçu, et le roi le lui promit.

Gradasse étant de retour dans son camp se fit remettre le bras par le plus expert de ses chirurgiens; après quoi , sur les instances du prince d'Angleterre , il donna ordre qu'on lui amenât l'empereur et ses paladins. Quand ils furent arrivés , Astolphe regarda Charlemagne d'un air mécontent, et lui dit : Vois, prince injuste, où ton orgueil et ton imprudence t'ont conduit. Qu'est devenu ce puissant empire qui te faisoit tant craindre et respecter .►• Tes peuples sont opprimés, ta religion n'a plus de défenseurs, tu es toi-même dans les fers avec tous les paladins. Hé! quel autre sort pouvois-tu attendre de ta mauvaise conduite, puisque tu éloignes de toi tous ceux qui pourroient être l'appui de tes états? Cent fois je t'ai vu outrager les invincibles Renaud et Roland ; et tu

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