LIVRE I, CHAP. II. \n
ce prisonnier clans la ville du Cathay. Présentez - le de ma part au sage Galafron , mon père ; vous lui direz que je lui envoie le seul honmie de la cour de l'empereur Charles qui pouvoit mettre obstacle à notre entreprise.
Cet ordre n'eut pas sitôt été donné, que Maugis se sentit emporter en l'air; et, malgré la distance excessive des lieux , qui sembloit devoir rendre le voyage des plus longs, les esprits transportèrent au Cathay dans un moment ce malheureux paladin, qui, pour prix de son emportement, fut aussitôt confiné sur la pointe d'un écueil situé enti^ les meis de la Chine et du Japon. Il eut là tout le temps de se plaindre de son malheur, ou plutôt de maudire ses démons de ne l'avoir pas averti que le roi du Cathay eût fait don à sa fille d'une bague qui avoit la vertu de rompre les plus forts enchantements, lorsqu'on la portoit au doigt , et de rendre invisibles les personnes quilamettoient dans leifr b(fuche. Galafron étoit persuadé que la princesse pourroit avec cette bague éviter tous les périls que sa beauté lui susciteroit dans le cours d'un aussi long voyage.
Angélique, s'étant ainsi débarrassée de ce dangereux magicien, alla retirer ses géants de la profonde léthargie où les retenoit la force du charme. Elle ne fit que les toucher de sa bague , ils reprirent l'usage de leurs sens , et furent effrayés du péril qu'ils avoient couru.
Rox.\ixn l'Amoureux.
l8 ROLAND L AMOUREUX.