‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravures (volume 3)Chapitre 68 sur 227 · MVRE II, CHAP. III · texte numérisé non relu

MVRE II, CHAP. III

et si je parois devant vous, ce n'est pas que j'espère vaincre votre haine par ma présence; mais, malgré votre dureté, vous m'êtes encore trop cher pour que je puisse sans frémir vous voir dans le péril où vous vous trouvez. Je viens vous offrir un secours dont vous avez besoin; ne tardez pas à l'accepter, car le sang qui sort de vos plaies seroit capable de vous ravir une vie que je m'efforce de conserver.

Comme je ne puis répondre à votre tendresse, repartit Renaud, je ne veux rien vous devoir; et je jure par le Dieu vivant, que j'aime mieux mourir que d'être délivré par votre secours. Je ne suis pas si attaché à la vie, que je veuille vous avoir cette obligation. Puisque ma vue vous est si odieuse, lui dit Angélique en fondant en larmes, il faut vous en épargner le supplice. Promettezmoi seulement, continua-t-elle, que vous recevrez d'une autre main ce que vous refusez de la mienne. Je vous promettrai tout, répondit le paladin, pourvu que je ne vous voie plus. Du moins, l'eprit la fille de Galafron, vous ne m'empêcherez pas de vous rendre un service. Alors, tirant de son sein la liqueur que Maugis lui avoit donnée, elle en versa sur la tête du monstre quelques gouttes qui eurent la vertu de l'endormir dans le moment.

Aussitôt elle va trouver l'enchanteur français , et lui rend compfe de la cruauté de Renaud. Maugis en fut si irrité, qu'il fit tous ses efforts pour persuader à la belle Angélique qu'il falloit laisser périr l'ingrat. La princesse ne put s'y résoudre; elle obligea même le fils du duc d'Aigremont d'aller sur-le-champ secourir le paladin. Maugi* se fit donc porter sur le toit, où son cousin, à

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force d'avoir perdu du sang, etoit près de tomber en foiblesse; il visita ses plaies, qui se refermèrent d'abord qu'il eut répandu dessus quelques gouttes de la liqueur qu'Angélique avoit versée sur la tête du monstre; il lui fit ensuite avaler de cette eau, qui rétablit entièrement ses forces.

Le seigneur de Montauban voulut remercier son cousin du grand service qu'il venoit d'en recevoir; mais Maugis l'interrompit : Achevons, lui dit-il, de vous tirer d'ici, après cela nous nous expliquerons ensemble. Il faut auparavant, reprit le fils d'Aymon, que je fasse ce que l'honneur exige de moi. Je ne puis sortir de ce château sans avoir vaincu le monstre, et aboli la cruelle coutume qui s'y observe. Hé bien , repartit l'enchanteur, jetez-vous sur le monstre, et le tuez avant qu il se réveille, car il n'est endormi que pour un temps. Son flanc gauche peut être percé, c'est le seul endroit de tout son corps qui ne soit pas impénétrable. Si vous voulez que je sorte avec gloire de ce combat, dit le paladin, retirez le monstre de son assoupissement, je ne puis l'attaquer sans cela. Oh! vous êtes trop difficultueux, s'écria le magicien : je vais exécuter moi-même sans tant de façons ce que vous refusez de faire.

En achevant ces paroles, il descendit à terre, ramassa Flamberge, que le monstre, en s'assoupissant, avoit laissé tomber de ses griffes, et la plongea- jusqu'à la garde dans le flanc gauche de l'animal. Le sang, qui sortoit à gros bouillons de la plaie, tarit bientôt les sources de la vie, et le monstre enfin ne reprit le sentiment par la fin du charme, que pour rendre le dernier soupir. ,

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