‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravures (volume 3)Chapitre 69 sur 227 · LIVRE II, CHAP. III · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAP. III

Si cette mort délivra Renaud d'un grand danger, elle ne le remettoit pas en liberté. Il est vrai que , pour la lui procurer, Maugis le conduisit sous la voûte, après lui avoir rendu Flambergej et, lui ouvrant une épaisse porte de fer, qui donnoit entrée dans le jardin, et qu'il fit tomber en proférant quelques mots bizarres : Passez par là, lui dit-il, le chemin vous est libre à présent; profitez des bontés qu'on a la foiblesse d'avoir encore pour vous, quelque peu digne que vous en soyez; pour moi, je ne vous donnerai plus aucun secours, et je veux bien vous dire que, si j!avois été cru, vous ne seriez pas échappé de ce dernier péril, où je vous avois moi-même jeté.

A ces mots le magicien quitta brusquement Renaud, sans vouloir entendre ce qu'il lui alléguoit pour sa justification, et se fit enlever rapidement par ses démons. Le chevalier demeura fort mortifié de s'être attiré l'indignation de son cousin; mais, comme il étoit entraîné par une puissance supérieure qui agissoit en lui, il ne pouvoit se repentir d'une chose dans laquelle il se croyoit plus malheureux que coupable.

Il ne songea plus qu'à suivre son premier dessein, qui étoit d'abolir la cruelle coutume de ce château par la punition des personnes qui avoient établi ces sacrilèges honneurs consacrés à la mémoire de Marquin. Pour cet effet il entra dans le jardin, et de là dans la cour du château. Quand les gens delà vieille l'aperçurent, ils crièrent : Aux armes! Ils se rassemblèrent en peu de moments, et fondirent sur lui tous ensemble. Quoiqu'ils fussent au nombre de trente ou quarante, le généreux fils d'Aymon les méprisa, et mit Flamberge si malheu-

reusenient en œuvre pour eux, qu'il en fit une étrange boucherie. On peut dire même que le combat auroit été aussitôt fini que commencé, si le géant ne se fût pas mis de la partie : néanmoins ce colosse ne fit que prolonger de quelques instants leur perte, et tomba luimême noyé dans son sang, après une assez longue résistance.

La vieille mère deMarquin, qui, du haut d'une tour où elle s'étoit réfugiée, avoit vu périr le géant dans le combat, et le reste de ses gens prendre la fuite, se précipita de rage des créneaux en bas ; elle s'écrasa la tête sur les pavés de la cour; et cette mégère, indigne d'avoir jamais vu le jour, termina ainsi elle-même une vie dont elle faisoit son supplice depuis la mort de son cher Marquin. Ce fut le dernier acte du sacrifice sanglant dont elle avoit voulu honorer sa mémoire. Le paladin regarda sa mort comme une juste punition du ciel; et voyant qu'il n'y avoit plus rien à faire pour lui dans ce château, il en soi'tit pour prendre le chemin de la mer; mais au lieu de rentrer dans sa barque, il marcha le long du rivap^e.

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