‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravures (volume 3)Chapitre 77 sur 227 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Témérité d'Astolphe. Bataille des Tartares et des Cireassieiis.

Le soleil naissant commençoit à peine à dorer le sommet des montagnes , que l'alarme se répandit par toute la ville d'Albraque. Chacun courut aux armes , et ceux qui commandoient songèrent à garnir les postes les plus importants. On avertit la princesse que l'armée d'Agrican paroissoit dans la campagne. A cette nouvelle , Angélique monte aux créneaux , et voit en effet arriver de toutes parts des troupes ennemies. Elle s'aperçoit même déjà que les Tartares disposent leurs quartiers autour de la ville. Aussitôt elle donna ses ordres , fit faire le

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dénombrement de sa garnison, et trouva qu'elle montoit à dix mille hommes de service , la plupart chevaliers : puis elle pria le prince d'Angleterre d'en prendre la conduite.

Astolphe y consentit agréablement : Charmante princesse, dit-il à la fille de Galafron , vous ne vous repentirez pas de vous en être reposée sur moi. Je vais montrer à vos ennemis un échantillon de ce que je sais faire. En achevant ces paroles, il alla se faire armer, monta sur Bayard , et se fit ouvrir les portes de la ville. Ce prince, naturellement courageux, avoit pris tant de confiance en lui depuis qu il se servoit si utilement de la lance d'Argail, qu'il eût affronté tous les périls ensemble , pourvu qu'il n'eût point eu Roland à combattre.

D'abord qu'il fut à portée de se faire entendre , il les défia tous au combat. Il n'est aucun prince parmi eux qu'il n'aposti'ophe , et qu'il n'insulte. Il appelle Brontin poltron , Argante brutal , Santarie bélître ; il traite d'écervelé l'empereur Agrican lui - même ; Pandragon est un gueux, Poliferne un faquin, Lurcon un animal. Tous ces princes, choqués de ces invectives, s'avancèrent pleins de ressentiment contre l'ennemi qui les insultoit. Ils s'en promettoient une prompte vengeance. Tout le camp étoit en rumeur. Dix rois, suivis de leurs bannières, marchoient à la tête; mais quand ils virent qu'aucune troupe de chevaliers n'accompagnoit celui qui les bravoit tous , ils eurent honte de s'être mis en mouvement pour un seul homme. Le vaillant Saritron se présenta pour venger sa nation ; mais , quoique ce roi des Keraïtes passât pour le meil-

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