‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravures (volume 3)Chapitre 78 sur 227 · LIVRE 11, CHAP. VI · texte numérisé non relu

LIVRE 11, CHAP. VI

leur jouteur de TOrient , la lance fatale lui fit mesurer la terre. Le monstrueux Argante , monté sur la plus énorme jument qu'eussent produit les montagnes de Niron-Gayat , où il régnoit , s'avança aussitôt. Quoiqu'il eût cinq pieds de largeur entre les épaules, il alla tenir compagnie au roi keraïte , faisant en tombant le même bruit que feroit une roche dont on auroit sapé le fondement. Le fort Uldan, roi de Karacoron, eut le même sort. Ce prélude étonna si fort les autres rois, qu'ils se mirent à crier sur le paladin , et quatre d'entre eux partirent tous ensemble pour l'aller accabler. Néanmoins, à l'aide de Bayard, il résista à leur i^encontre, et renversa le roi Mugal, qu'il avoit en tête : mais Brontin , qui venoit après les autres, l'ayant pris au dépourvu, l'abattit lui-même.

Le géant Rhadamante arriva comme Astolphe venoit de se relever, en déclamant contre le roi de Gourlas, qui ne lui avoit pas laissé le temps de s'affermir contre son atteinte : Rhadamante se jeta sur le paladin, le prit entre ses bras nerveux, le mit en travers sur le cou de son cheval, et l'emporta sous sa tente comme un enfant. L'empereur Agrican, étant survenu en cet endroit, aperçut le cheval Bayard , dont personne ne s'étoit encore saisi. Il fut charmé de sa beauté, et descendit du sien pour le monter; ce bon coursier étoit devenu plus docile , depuis qu il avoit perdu son premier maître ; il se laissa prendre sans résistance , et le fier Taitaie se crut invincible quand il eut éprouvé ses allures.

La témérité du prince Astolphe fut donc très -malheureuse. Aucun chevalier du parti d'Angélique n eut l'assurance de sortir d'Albraque, pour aller venger le

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paladin. Les assiégés se contentèrent de faire une garde soigneuse , et de ne rien oublier de tout ce qui pouvoit contribuer à la défense de la ville. Comme ils regardoient des créneaux , ils virent arriver une nombreuse armée du côté qu'étoit campée celle des Tartares. Ces nouvelles troupes commencèrent à s'étendre sur une ligne, et firent connoître par leurs mouvements quelles avoient dessein d attaquer le camp tartare. Effectivement, c'étoit larmée du roi de Circassie; et ce monarque venoit avec sept rois , ses voisins , au secours d'Angélique. Le premier, nommé Varan, roi des INogais, avoit vingt mille hommes sous ses ordres, tous bien armés, et pour la plupart grands maîtres à tirer de l'arc. Le second, appelé Brunalde, étoit roi des Comans, et commandoit à vingt-cinq mille hommes. Ungian, prince des Ralniouques, le suivoit avec trente-cinq mille soldats. Deux grands guerriers venoient après 5 l'un étoit Soudan de Carisme, de la religion musulmane : il amenoit quarante mille de ses sujets; 1 autre, seigneur de tout le Corassan, conduisoit dix -huit mille combattants bien aguerris. Le premier se nommoit Torinde, et le dernier Savaron» Ces deux rois étoient suivis de Bordaque , roi de Cojende , et de Toncare, qui marchoit à la tète de quinze mille hommes presque tous archers. Trufaldin, qui régnoit dans le Zagathay, prince très-riche et très-puissant, mais perfide et artificieux, venoit après Bordaque avec quarante - huit mille soldats bien armés. Le généreux Sacripant marchoit le dernier, et conduisoit trentedeux mille Circassiens. Quoique les rois de Carisme et du Zagathay fussent plus puissants que lui par le nombre de leurs peuples et de leurs villes, ils ne lais-

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