CHAPITRE VIL
Suite de la bataille. Courc^e de Sacripant.
Agrican, plein de ressentiment de ce qu'on lui enlevoit des mains une victoire assurée , se jette sur Torinde, le renverse, et fait un cruel carnage des Carismiens. Brunalde vient les soutenir avec ceux d'Astracan ; il est pris par les Tartares, après avoir été porté par terre tout étourdi d'un coup pesant que leur empereur lui avoit décbargé sur la tête. Les Circassiens, n'étant plus animés par la présence de leur roi, ne purent soutenir leffort de leurs ennemis. D'ailleurs, les deux géants tartares , avec les braves Saritron et Santarie, secondant merveilleusement leur empereur, exterminoient tout ce que son ardeur à poursuivre les défenseurs d'Angélique en laissoit derrière lui. Agrican poussa jusqu'à Trufaldin , qui commandoit ce jour-là le corps de réserve des princes alliés. Ce lâche et perfide roi , ne se sentant pas assez de courage pour faire tête à un si puissant guerrier , ne songea qu'à se tirer du péril. Agrican, lui dit-il , tu n'acquerras pas grand honneur, si tu m'abats, toi qui es monté sur le meilleur cheval du monde. Je n'ai qu'un méchant roussin accablé de fatigue 5 mais renonce à cet
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avantage; descends, je te défie à pied. L'empereur , qui ne vouloit devoir sa gloire qu'à sa valeur, donna dans le piège. Il mit pied à terre, et laissa Bayard en garde à un de ses chevaliers. Truf'aldin prit ce temps pour tourner bride, et piquant des éperons son cheval, s'enfonça parmi les siens avant que le monarque tartare pût être remonté.
Cette action , plus digne de mépris que de colère , fit rire Agrican, qui, se rejetant légèrement en selle, chercha des ennemis plus redoutables; mais il n'en trouvoit plus qui osassent lui résister : tout fuit et cherche les bois. Ungian , Torinde et Savaron en rallient vainement quelques-uns. Eux-mêmes, après avoir fait des actions de valeur , sont obligés de fiur comme les autres vers Albraque. La furie des Tartares en redouble : ils poursuivent les fuyards avec ardeur , et font passer sous le tranchant de l'acier tous ceux qu'ils peuvent joindre. On ne sauroit dire combien il en tomba sous leurs coups; il tombe moins d'épis de blé sous la faucille des moissonneurs.
Pour surcroît de malheur, les Circassiens, étant parvenus en fuyant aux portes de la ville , qu'ils regardoient comme leur refuge , les trouvèrent fermées et le pont levé. Ils se jettent en confusion dans les fossés, aimant encore mieux courir risque de se noyer , que d être massacrés par leurs ennemis. La fille de Galafron , qui les voit ainsi périr misérablement , en a pitié. Elle fait ouvrir la porte et abaisser le pont , à quelque danger que sa compassion l'expose. Les fuyards veulent profiter de sa bonté; ils se présentent en foule pour entrer, et, se nuisant les uns aux autres par leur empressement,