‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravures (volume 3)Chapitre 79 sur 227 · I.IVUE II, CHAP. VI. l · texte numérisé non relu

I.IVUE II, CHAP. VI. l

soient pa? de le regarder comme le chef de cette formidable armée.

Lorsque tous ces rois furent rangés en ordre de bataille , Sacripant leur fit une courte exhortation : il leur représenta en peu de mots la justice de leurs armes, qui intéressoit le ciel à leur être favorable , et l'injustice d'Agrican, qui abusoit de sa puissance pour contraindre un cœur qui se refusoit à sa poursuite. Comme il n'y avoit presque pas un de ces rois qui ne fût amoureux de la princesse du Cathay, le discours de Sacripant irrita la haine qu'ils avoient déjà pour l'empereur tartare.

D'un autre côté , Agrican , averti de la marche et du dessein de ces princes, ne jugea point à propos de les attendre dans son camp ; il marcha au devant d'eux , et leur présenta un front de bataille égal au leur. Jamais on n'a vu deux armées plus puissantes en venir aux mains. Elles étoient à peu près égales en nombre comme en valeur.

Le premier qui commença l'attaque fut le brave Ungian avec ses Kalmouques ; il avoit en tête le roi de Mu-gai , et il éto^t soutenu par Savaron , Bordaque et Brunalde. Les rois de Tendouc, de Jageras et de Karacoron soutenoient Pendragon. Qui pourroit peindre l'horreur de cette sanglante journée? Les Gircassiens eurent d'abord l'avantage : ils enfoncèrent les Tartares en plus d'un endroit. Le roi Sacripant, secondé de Torinde et d'Ungian , faisoit des exploits si merveilleux , que les géants Argante et Rhadamante ne pouvoient résister à leurs efforts. Le terrible Agrican , qui venoit de renverser Brunalde et Varan , et de faire prisonnier le roi des (lomans, passa par hasard en cet endroit; et, voyant ses

l'jO ROLAND L AMOUREUX.

gens si maltraités , il se mit en une telTe fureur , qu il en écumoit de rage. Il poussa Bavard la lance en arrêt contre le roi de Circassie, qui, de son côté, fondit sur lui comme une tempête. Ces deux vaillants guerriers , de quelque force qu ils s'atteignissent, ne purent s ébranler l'un 1 autre, et leurs lances, quoique des plus grosses, volèrent en éclats. Des, premiers coups qu'ils se donnèrent, leurs écus furent mis en pièces. Ils en jetèrent les restes à terre, et commencèrent à combattre en désespérés , tels que dans un pré deux taureaux se disputent une génisse , et se heurtent de leurs cornes impétueusement. Leurs armes, brisées en plusieurs endroits, ne sont déjà d aucune défense ; le sang coule de toutes les pai'ties de leur corps ; et cependant le combat dure toujours; mais le Circassien est le plus blessé , ses forces commencent à trahir so« courage; il alloit succomber, quand , p^r hasai^d , jetant les yeux du coté d'Albi'aque, il anercut Angélique qui les regardoit des créneaux. La vue de la princesse lui donne une nouvelle vigueur: O ciel , dit^il en lui-même , fais que la belle Angélique voie avec plaisù- ce qu'un excès d amour «i oblige d entreprendre pour elle ! Si ce bonheur m' arrive , je consens de mourir à ses yeux.

Agité dé cet amoureux transport , il frappe à tort et à travers , sans se soucier de ses blessures ; et à chaque fois qu il lève le bras pour frapper, il invoque le nom de de sa princesse. Il se ménageoitsi peu, et il fit des efforts si prodigieux , qu'il mit plus d'une fois en danger la vie de son lival; mais le sang qu'il perdoit le laissoit insensiblement sans force, et il alloit accorder la victoh'e à son ennemi, si Torinde, son ami, suivi de ses Garisraiens,

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