ACTE III, SCENE XI. I Sj
LE COMTE
Faut-il vous dire ce que je pense , ma sœur ? Je crains moins les vues qu'il pourroit avoir sur vous que Tenvie qu'il a de me percer le sein.
ELVIRE
Ah! mon frère, rejetez cette pensée, elle blesse la générosité de Mendoce.
LE COMTE
Cela peut être; mais je ne puis m'empêcher de me défier de lui. J'ai été dans sa chambre; j'y ai trouvé avec des armes cette boîte à portrait qui étoit parmi
ses hardes. ( H donne à Elvire la Loîle à portrait. )
ELVIRE prenant la boîte.
Ce sera celui de la dame qu'il aime, et qu'il a laissée en Castille.
LE COMTE
Il y a dedans deux portraits qui se regardent : 1 un est celui de don Félix.
ELVIRE
Celui de don Félix.
LE COMTE
Et l'autre apparemment est celui de cette dame.
ELVIRE rendant la boîte sans l'ouvrir.
Tenez , Seigneur.
LE COMTE
Quoi! vous êtes fille, et n'êtes pas curieuse ."*
ELVIRE souriant.
Je suis fille , sans en avoir les foiblesses.
LE COMTE sur le même ton.
Mais, ma sœur, ne craignez-vous point que je vous soupçonne d'une feinte modération.
DON FELIX DE MENDOCE
ELVIRE
Pour prévenir ce soupçon injuste, donnez-moi ces portraits.
LE COMTE
A cela, je vous reconnois.
ELVIRE oavre la Loîte et considère les portraits.
Quel prodige de beauté ! Quels yeux! Quelle douceur ! Don Félix est ici peint bien amoureux. Il semble dévorer sa dame de ses regards. Que sa coiffure a de grâces. Il le faut avouer , les dames de Castille l'emportent sur nous pour se bien coiffer.
LE COMTE
Rendez-moi-ces portraits.
ELVIRE
Confiez-les-moi, de grâce, pour quelques heures. L'air de cette coiffure me plaît infiniment. Je voudrois l'essayer sur moi. Pourrez -vous bien avoir cette complaisance sans former de nouveaux soupçons ?
LE COMTE soupirant.
Hélas! d'autres soupçons m inquiètent bien davantage.
ELVIRE
Expliquez-vous , mon frère.
LE COMTE
Je vous en instruirai une autre fois.
( Il sort. )