‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravures (volume 4)Chapitre 127 sur 399 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

LE ROI, LE COMTE

LE ROI

Comte , on m'a fait de vous des rapports qui m'ont étonné : on dit que des idées chimériques vous troublent l'esprit. Rentrez en vous-même. Ayez plus de confiance en la noblesse de votre sang , et en la vertu d un prince , qui, quoique jeune et bouillant , rend justice au moindre de ses sujets. Tout suit dans ma cour lexemple que j'y donne ; rien n'y blesse les mœurs. Voyez avec quelle retenue don Henrique sert Anne de Moncade ; le comte de Ribagore , Catherine de Peralte ; et don Pèdre d'Aragon , la belle Hélène de \ illasan. Je ne vous parlerai point de tant d'autres, dont les galanteries délicates sont respectées de la médisance. Ne pensez donc pas que mon amour fasse tort à Elvire. Mes soins pour elle augmentent son prix ; et sa vertu en reçoit plus d éclat. Cependant, puisque mes empressements vous causent tant d'alarmes, je veux cesser d être son amant ; et , pour vous mettre l'esprit en repos, préparez-vous , comte, à l'ambassade de Portugal. Vous irez à Lisbonne presser mon mariage avec son infante.

LE COMTE

Seigneur, j'accepte avec transport l'emploi dont vous m honorez. J'irai chez le Portugais superbe soutenir la gloire de l' Aragon j et , si le ciel seconde mes soins et mes désirs , j'espère amener à Saragosse l'illustre princesse dont vous avez fait choix. Mais , seigneur , avant mon départ , trouvez bon que j'établisse

Page 1