ACTE V, SCÈNE II. l6l
DON FÉLIX
Comment, belle Elvire, ce que vous me dites hier au rendez-vous étoit un effet de votre jalousie ?
BÉATRIX
Justement.
ELVIRE
Ce portrait que vous avez , vous ne le garderiez point par un reste d'amour pour Blanche ?
RAMIRE
Fi donc! Nous nous en soucions comme du grand Turc-
DON FÉLTX.
Il s'est trouvé par hasard dans mes habits. Ah ! charmante Elvire , quel tort peut vous faire un portrait dont vous avez banni l'original de mon cœur ?
ELVIRE
Vous m'aimez donc toujours ?
DON FÉLIX
Je vous adore.
ELVIRE
Si cela est , ne craignez point votre rival. Que n'est- il encore plus puissant ? vous verriez combien vous m'êtes cher.
DON FÉLIX
Grands dieux ! puis-je entendre ces paroles sans mourir de douleur ?
ELVIRE
Expliquez-vous , don Félix ; ne vous est-il pas doux d'être aimé ?
DON FÉLIX
Vous m'aimez , et je pai\s • est - il une peine plus rigoureuse i' ,
Le Sage. Théâtre. ii
102 DON FÉLIX DE MEXDOCE
ELVIRE
Qui vous oblige de partir ?
DON FÉLIX
Puis-je m'en dispenser ? Le roi sait mon amour. Je lui en ai fait l'aveu. J'ai pris congé de lui. Le mal est sans remède. Il faut se faire violence. Il faut se séparer de soi-même. Adieu , madame , je pars
( 11 fait quelques pas pour s'en aller. ) ELVIRE pleurant.
O ciel!
BÉATRIX l'arrêtant et lui montrant Elvire.
Seigneur, pouvez-vous bien vous résoudre à quitter i ma maîtresse ? Pouvez-vous résister à ses pleurs ?
RAMIRE à son maître.
Voyez couler ces perles liquides. Je ne suis qu'un valet , mais le cœur me crève.
DON FÉLIX
Quels combats je sens ! Gomment rompre un départ que j'ai demandé moi-même?
ELVIRE
Non , Mendoce , je n y pourrai survivre.
DON FÉLIX
Hé bien, madame, je me rends. Il faut tout hasarder pour me conserver à vous. ]Mon amour m'est plus cher que ma vie. Me promettez-vous d'être à moi ?
ELVIRE
Je vous promets du moins de n être jamais à un autre.
DON FÉLIX se mettant à gênons, et baisant la main d'Elvire.
Sur cette assurance je me livre en aveugle à la colère du roi. ,