‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravures (volume 4)Chapitre 203 sur 399 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

LISARDE, CÉLIE, FLÉRIDE.

FLERIUE se jetant aux pieds de Lisarde qui la relève.

Madame , souffrez qu'à vos pieds une fille infortunée implore votre protection. Hëlas ! il n'y a pas long-temps que je vivois comme vous dans le sein d'une famille qui

me chérissoit. Mon destin pouvoit faire envie Mais

pourquoi m'étendre sur les avantages que je possédois ? La fortune ennemie ne me les a pas seulement otés, elle m'a ravi jusqu'à la foi qu on pourroit ajouter à mes paroles. Un superbe équipage ne parle point ici en ma faveur; mes soupirs et jnes larmes sont les seuls garants de ma sincérité.

CÉLIE bas à lisaide.

La signora n'est pas maladroite.

LISARDE bas à Célie.

Je sens que je m'intéresse déjà pour elle.

FLÉRIDE.

Dispensez-moi de vous dire qui je suis. Je dois ce ménagement à de nobles parents que je déshonore. Il suffira que je vous raconte simplement mon histoire pour exciter votre pitié.

CÉLIE à part.

Nous allons apparemment entendre Ihistoire d'une vertu persécutée.

FLÉRIDE.

I-n cavalier d'une naissance égale à la mienne, s étant attiré mon attention, reçut ma foi en me donnant la sienne.

CELIE bas.

Le troc est naturel. Nous sommes sur le point de le faire aussi.

FLÉRIDE.

En attendant qu'il px^t obtenir l'aveu de mon père, il me demanda la permission de s'introduire la nuit dans notre jardin, et je n'eus pas la force de la lui refuser.

CÉLIE

La pauvre enfant !

FLÉRIDE.

Nous formâmes donc la douce habitude de nous entretenir au jardin pendant que tout le monde reposoit au logis; mais nos plaisirs furent bientôt troublés par le funeste événement que vous allez entendre. Une nuit j'attendois mon amant ; la porte du jardin étoit entrouverte , il entre un homme ; je crois que c'est lui , et dans cette erreur je vais au-devant de ses pas.

CÉLIE

Aye,aye,aye!

FLÉRIDE.

C'étoit un autre cavalier , dont j'avois toujours payé de rigueur l'importune tendresse , et qui , conduit par une fureur jalouse , venoit là pour se venger. A peine eus-je reconnu que je me trompois, que mon amant arriva. Surpris de trouver avec moi un homme dans un lieu où lui seul avoit le privilège de s'introduire la nuit, la jalousie tout-à- coup troubla ses esprits. Téméraire, lui dit- il d'un air furieux, que viens-tu chercher ici? Je n'ai point d'autre langue que mon épée, répondit l'autre cavalier sur le même ton. A ces mots, également

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