ACTE I, SCENE VI
animes tous deux , ils fondirent l'un sur l'autre. Je vois dans l'obscurité bi'iller les ëpées. Il en sort un feu qui sert à ces fiers rivaux à conduire leurs coups. Enfin, après un assez long coftibat, l'amant malheureux tomba percé d'un coup mortel , et son vainqueur m'adressa ces cruelles paroles : Va , perfide , je te laisse avec mon rival noyé dans son sang. Tâche de le rappeler à la vie par les marques de douleur qu'il exige de ta reconnoissance.
LISARDE.
Vous le tirâtes d'erreur sans doute, et lui fîtes connoître votre innocence ?
FLÉRIDE.
Il ne m'en donna pas le temps. Quoique je fusse plus morte que vive, je voulus parler pour le détromper j mais il s'éloigna promptement de moi , sans daigner m'écouter.
CÉLIE
Le petit mutin! Il y a comme cela des amants à qui l'on ne peut faire entendre raison, quand même ils n'ont aucun sujet de se plaindre.
LISARDE.
Et quel parti prîtes-vous dans une si triste conjoncture?
FLÉRIDF.
Un assez mauvais 5 mais je n'en voyois point de bon à prendre. L'éclat que je m'imaginai que feroit cette aventure, la colère de mes parents, le châtiment dont i'étois menacée, l'espoir de joindre un amant fugitif et de dissiper ses soupçons , tout cela me détermina surle-champ à courir après lui , le regardant comme mon Le Sage. Théâtre. 17
époux. Je suis venue jusqu'à Gaëte, où je me flatte, peut-être en vain , d'en apprendre des nouvelles. Cepen- IS dant , madame , j ai besoin d un asile ; mes malheurs vous font -ils assez de compassicfn pour me l'accorder? Le rapport qu'on m'a fait de votre générosité me fait ,i espérer que vous ne refuserez pas de me recevoir parmi i les femmes qui vous servent.
( Fléride se l'emet à genoux devant Lisarde. ) LISARDE la relevant.
Relevez - vous , madame, regardez -moi comme une amie qui compatit à votre infortune. Puisque vous le souhaitez , vous demeurerez avec moi , non pour me servir, mais pour être servie. Tout ce que je vous demande , avant que je vous fasse donner un appartement, c est de trouver bon que je prie mon père d'y consentir. Entrez dans ce cabinet, et vous y reposez jusqu'à ce que je lui aie parlé.
FLÉRIDE.
Fasse le ciel, madame, que vous soyez plus heureuse que moi, si jamais l'Amour vous soumet à son empire!
( Elle passe dans le cabinet. )