‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravures (volume 4)Chapitre 332 sur 399 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

M. TURCARET, LA BARONNE

Me voilà à demi soulagé. J'ai déjà cassé la giande glace et les plus belles porcelaines.

LA BARONNE

Achevez , monsieur , que ne continuez-vous ?

Je continuerai quand il me plaira , madame... Je vous apprendrai à vous jouer à un homme comme moi... Allons , ce billet au porteur , que je vous ai tantôt envoyé, qu'on me le rende.

LA BARONNE

Que je vous le rende ? et si je 1 ai aussi donné au chevalier.

Ah ! si je le croyois !

LA BARONNE

Que vous êtes fou ! En vérité vous me faites pitié.

Comment donc ! au lieu de se jeter à mes genoux et de me demander grâce , encore dit-elle que j'ai tort , encore dit-elle que j ai tort !

Sans doute.

Ah ! vraiment , je voudrois bien , par plaisir , que vous entreprissiez de me persuader cela.

A.CTE II, SCÈNE V. 4lï

LA BA-RONISE.

Je le ferois, si vous étiez en état d'entendre raison.

Eh ! que me pourriez-vous dire, traîtresse?

LA BARONNE

Je ne vous dirai rien... Ah ! quelle fureur!

M. TURCARET essayant de se modérer.

Eh bien! parlez, madame, parlez, je suis de sangfroid.

LA BARONNE

Écoutez-moi donc... Toutes les extravagances que vous venez de faire sont fondées sur un faux rapport que Marine

M. TURCARET l'interrompant.

Un faux rapport? Ventrebleu ! ce n'est point...

LA BARONNE l'interrompant à son tour.

.. Ne jurez pas, monsieur 5 ne m'interrompez pas : songez que vous êtes de sang-froid.

Je me tais Il faut que je me contraigne.

Savez-vous bien pourquoi je viens de chasser Marine?

Oui; pour avoir pris trop chaudement mes intérêts.

LA BARONNE

Tout au contraire; c'est à cause qu'elle me reprochoit sans cesse l'inclination que j'avois pour vous. « Est-il « rien de si ridicule, me disoit-elle à tous moments, que « de voir la veuve d'un colonel songer à épouser un " M. Turcaret, un homme sans naissance, sans esprit, • de la mine la plus basse »

412 TURCARBT.

Passons, s'il vous plaît , sur les qualités; cette Marinelà est une impudente.

LA BARONNE

« Pendant que vous pouvez choisir un époux entre « vingt personnes de la première qualité , lorsque vous « refusez votre aveu même aux pressantes instances de « toute la famille d'un marquis dont vous êtes adorée, « et que vous avez la foiblesse de sacrifier à ce M. Tur- « caret. »

Cela n'est pas possible.

LA BARONNE

Je ne prétends pas m'en faire un mérite , monsieur. Ce marquis est un jeune homme , fort agréable de sa personne, mais dont les mœurs et la conduite ne me conviennent point. Il vient ici quelquefois avec mon cousin le chevalier, son ami. J'ai découvert qu'il avoit gagné Marine, et c'est pour cela que je l'ai congédiée. Elle a été vous débiter mille impostures pour se venger, et vous êtes assez crédule pour y ajouter foi. Ne deviez-vous pas, dans le moment, faire réflexion que c'étoit une servante passionnée qui vous parloit ; et que, si j'avois eu quelque chose à me reprocher, je n'aurois pas été assez imprudente pour chasser une fille dont j'avois à craindre lindiscrétion ? Cette pensée, dites-moi, ne se présente-t-elle pas naturellement à l'esprit .**

M. TLRCARET.

J'en demeure d'accord; mais

LA BARONNE l'inteiTompant.

Mais, mais vous avez tort Elle vous a donc dit,

Page 1