ACTE II, SCÈNE V, ^l
entre autres choses, que je n'avois plus ce gros brillant qu'en badinant vous me mîtes l'autre jour au doigt, et que vous me forçâtes d'accepter?
Oh! oui, elle m'a juré que vous l'aviez donné aujourd'hui au chevalier, qui est, dit-elle, votre parent comme Jean-de-Vert.
LA BARONNE
Et, si je vous mon trois tout à l'heure ce même diamant, que diriez-vous ?
Oh ! je dirois en ce cas-là que... Mais cela ne se peut pas.
LA BARONNE lai montrant son diamant.
Le voilà, monsieur. Le reconnoissez-vous? Voyez le fond que 1 on doit faire sur le rapport de certains valets.
Ah! que cette Marine- là est une grande scélérate! Je reconnois sa friponnerie et mon injustice. Pardonnezmoi , madame, d'avoir soupçonné votre bonne foi.
LA BARONNE
Non, vos fureurs ne sont point excusables : allez, vous êtes indigne de pardon.
Je l'avoue.
LA BARONNE
Falloit-il vous laisser si facilement prévenir contre une femme qui vous aime avec trop de tendresse.^
Hélas! non Que je suis malheureux!
LA BARONNE
Convenez que vous êtes un homme bien foible.
4l4 TURCARET.
Oui , madame.
LA BARONNE
Une franche dupe.
J'en conviens... (Apait. ) Ah! Marine, coquine de Marine!... (A la baronne.) Vous ne sauriez vous imaginer tous les mensonges que cette pendarde-là m'est venue conter... Elle m'a dit que vous et M. le chevalier , vous me regardiez comme votre vache à lait; et que, si aujourd'hui pour demain je vous avois tout donné , vous me feriez fermer votre porte au nez.
LA BARONNE
La malheureuse!
Elle me l'a dit; c'est un fait constant : je n'invente rien, moi.
LA BARONNE
Et VOUS avez eu la foiblesse de la croire un seul moment ?
Oui, madame; j ai donné là-dedans comme un franc sot... Où diable avois-je l'esprit?
LA BARONNE
Vous repentez-vous de votre crédulité?
M. TURCARET se jetant à genoux.
Si je m'en repens?... Je vous demande mille pardons de ma colère.
LA BARONNE le relevant.
On vous la pardonne. Levez vous , monsieur. Vous auriez moins de jalousie si vous aviez moins d amour, et l'excès de 1 un fait oublier la violence de l'autre.