ACTE II, SCÈNE V
Quelle bonté! Il faut avouer que je suis un grand
brutal !
LA BAROJyjNE.
Mais, sérieusement, monsieur, croyez-vous qu'un cœur puisse balancer un instant entre vous et le chevalier ?
Non , madame, je ne le crois pas 5 mais je le crains.
LA BARONNE
Que faut-il faire pour dissiper vos craintes ?
Eloigner d'ici cet homme-là ; consentez-y, madame ; j'en sais les moyens.
LA BARONNE
Eh ! quels sont-ils ?
Je lui donnerai une direction en province.
LA BARONNE
Une direction ?
C'est ma manière d'écarter les incommodes Ah!
combien de cousins, d'oncles et de maris j'ai fait directeurs en ma vie ! J en ai envoyé jusqu'en Canada.
LA BARONNE
Mais , vous ne songez pas que mon cousin le chevalier est homme de condition , et que ces sortes d'emplois ne lui conviennent pas Allez, sans vous mettre
en peine de féloigner de Paris, je vous jure que c'est l'homme du monde qui doit vous causer le moins d'inquiétude.
Ouf ! j'étouffe d'amour et de joie. Vous me dites cela d'une manière si naïve que vous me le persuadez....
Adieu , mon adorable, mon tout, ma déesse Allez ,
allez, je vais bien réparer la sottise que je viens de faire. Votre grande glace n'étoit pas tout-à-fait nette , au moins, et je trouvois vos porcelaines assez communes.
LA BAROIN^NE.
Il est vrai.
Je vais vous en chercber d'autres.
LA BARONNE
Voilà ce que vous coûtent vos folies.
Bagatelle ! Tout ce que j'ai cassé ne valoit pas plus
de trois cents pistoles.
( Il veut s'en aller, et la baronne l'arrête.) - LA BARONNE.
Attendez, monsieur, il faut que je vous fasse une prière auparavant.
Une prière ? Oh ! donnez vos ordres.
LA BARONNE
Faites avoir une commission , pour l'amour de moi , à ce pauvre Flamand , votre laquais. C'est un garçon pour qui j'ai pris de lamitié.
Je l'aurois déjà poussé si je lui avois trouvé quelque disposition ; mais il a l'esprit trop bonace : cela ne vaut rien pour les affaires.