‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravures (volume 4)Chapitre 351 sur 399 · LE MARQUIS, M. TURCARET, LA BARONNE · texte numérisé non relu

LE MARQUIS, M. TURCARET, LA BARONNE

LE MARQUIS à part.

Je parie que je ne trouverai point encore ici le chevalier.

M. TURCARET à part.

Ah! mo rbleu ! c'est le marquis de La Tribaudière

La fâcheuse rencontre !

LE MARQUIS à part.

Il y a près de deux jours que je le cherche

(Apercevant M. Tarcaret. ) Eh! que Vois-je ? Oui Non...

Pardonnez-moi Justement c'est lui-même , c'est

monsieur Turcaret... (A la baronne.) Que faites-vous de cet homme-là, madame ? Vous le connoissez Vous empruntez sur gages ? Palsembleu ! il vous ruinera.

LA BARONNE

Monsieur le marquis !

LE MARQUIS l'interrompant.

Il vous pillera, il vous écorchera, je vous en avertis. C'est l'usurier le plus juif: il vend son argent au poids de l'or.

M. TURCARET à part.

J'aurois mieux fait de m'en aller.

LA BARONNE au marquis.

Vous VOUS méprenez, monsieur le marquis. M. Tur- Le Sage. Théathe. 38

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caret passe dans le monde pour un homme de bien et d'honneur.

LE MARQUIS

Aussi l'est -il, madame, aussi l'est-il. Il aime le bien des hommes et l'honneur des femmes : il a cette réputation-là.

\ous aimez à plaisanter! monsieur le marquis.... (A la baronne.) Il est badin, madame, il est badin. Ne le connoissez-vous pas sur ce pied-là ?

LA BARON jVE.

Oui; je comprends bien qu'il badine, ou qu'il est mal informe.

LE MARQUIS

Mal informé? morbleu! madame, personne ne sauroit vous en parler mieux que moi : il a de mes nipnes actuellement.

De vos nippes, monsieur? Oh! je ferois bien serment du contraire.

LE MARQUIS

Ah ! parbleu, vous avez raison. Le diamant esta vous à 1 heure qu'il est, selon nos conventions; j'ai laissé passer le terme.

Expliquez-moi tous deux toute cette énigme.

Il ny a point d'énigme là-dedans, madame. Je ne sais ce que c est.

LE MARQUIS à la baronne.

11 a raison : cela est fort clair; il ny a point dé-

\CïE III , SCÈNE V. 4>^5

nigme. J'eus besoin d'argent il y a quinze mois. J'avois un brillant de cinq cents louis ; on m'adressa à M. Turcaret. M. Turcaret me renvoya à un de ses commis, à un certain M. Ra... Ra... Rafle. C'est celui qui tient son bureau d'usure. Cet bonnête M. Rafle me prêta , sur ma bague , onze cent trente-deux livres six sous buit deniers. Il me prescrivit un temps pour la retirer. Je ne suis pas fort exact , moi : le temps est passé ; mon diamant est perdu.

Monsieur le marquis , monsieur le marquis , ne me confondez point avec M. Rafle , je vous prie. C'est un fripon que j'ai cbassé de chez moi. S'il a fait quelque mauvaise manœuvre , vous avez la voie de la justice. Je ne sais ce que c'est que votre brillant : je ne l'ai jamais vu ni manié.

LE MARQUIS

Il me venoit de ma tante. C'étoit un des plus beaux brillants. Il étoit d'une netteté, d'une forme, d'une grosseur, à peu près comme... (Rfgardant le diamant de la baronne.)

Eh !.... le voilà, madame. Vous vous en êtes accommodée avec M. Turcaret, apparemment ?

Autre méprise , monsieur. Je l'ai acheté , assez cher même , d'une revendeuse à la toilette.

LE MARQUIS

Cela vient de lui, madame. Il a des revendeuses à sa disposition , et, à ce qu'on dit, même dans sa famille.

Monsieur! monsieur!....

LA BARONNE au marquis.

Vous êtes insultant, monsieur le marquis.

LE MARQUIS

Non , madame ; mon dessein n'est pas d'insulter : je suis trop serviteur de M. Turcaret, quoiqu'il nie traite durement. Nous avons eu autrefois ensemble un petit commerce d'amitié. 11 étoit laquais de mon grand-père; il me portoit sur ses bras. Nous jouions tous les jours ensemble ; nous ne nous quittions presque point. Le petit ingrat ne s'en souvient plus.

Je me souviens... je me souviens... Le passé est passé; je ne songe qu'au présent.

LA BARONNE au marquis.

De grâce , monsieur le marquis , changeons de discours. Vous cherchez M. le chevalier.

LE MARQUIS

Je le cherche partout , madame ; aux spectacles , au cabaret , au bal , au lansquenet : je ne le trouve nulle part. Ce coquin-là se débauche ; il devient libertin.

LA EARONNE.

Je lui en ferai des reproches.

LE MARQUIS

Je vous en prie Pour moi , je ne change point : je

mène une vie réglée ; je suis toujours à table, et l'on me fait crédit chez Fite et chez Lamorlière ' , parce que l'on sait que je dois bientôt hériter d'une vieille tante , et qu'on me voit une disposition plus que prochaine à manger sa succession.

LA BARONNE

Vous n'êtes pas une mauvaise pratique pour les traiteurs.

' Autre traiteur dn temps.

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