ACTE IV, SCENE Vil. ^I
avec la modération et les ménagements d'un véritable ami. Je vous crois innocente.
LÉONOR
Vous me rendez justice.
DON JUAN
Aidez-moi donc à découvrir l'auteur d'un outrage qui nous est commun. Contez-m'en toutes les circonstances; il n'en faut qu'une pour faire connoître l'audacieux qui doit être l'objet de ma vengeance.
LÉONOR
Vous le voulez?
DON JUAN
Vous diminuerez mes peines, ou vous augmenterez ma fureur.
LÉONOR
Je ne vous cacherai rien.
DON JUAN bas.
Que va-t-elle dire.^ ô ciel !
LÉONOR
Peu de temps après qu'un léger sommeil se fut rendu maître de mes sens , un bruit dont j'étois bien éloignée de pénétrer la cause me réveilla. J'ouvris doucement les rideaux pour regarder dans la chambre; mais je me trouvai sans lumière. J'en fus étonnée, et je me sentis saisir de quelques mouvements de crainte, que je surmontai pourtant; et le péril me donnant de la hardiesse, je me levai pour gagner la porte et appeler du monde. J'entendis marcher quelqu'un autour de moi, et, voulant féviter, je me jetai moi-même entre ses bras.
DON JUAN bas.
Va-t-elle révéler son déshonneur et le mien ?
LÉONOR
Alors jugeant que mon silence ne feroit que favoriser l'audace de l'insolent, je remplis lair de cris, et j'implorai le secours de tous ceux qui pouvoient ni'entendre.
DON TUAN bas.
Quel supplice!
LÉONOR
Cependant il fit tous ses efforts pour triompher de ma résistance; mais la colère la rendit si forte, que le téméraire fut obligé d'abandonner son dessein. Si vous fussiez venu plus tôt, le traître étoit découvert. Je le tenois par ses habits. Malheureusement il m'échappa ; et, un instant après, don Garcie et don André me crièrent qu'ils accouroient à mon secours.
DON JUAN
Qui des deux a parlé le premier ?
C'est don Garcie.
DON JUAN
Don Garcie! Ah ! don André, faut-il que je te soupçonne ?