ACTE V, SCÈNE III
DON JUAN
Non , Alvai ade , je ne me croirois pas vengé si don Garcie mouroit d'une autre main que la mienne.
DON ANDRÉ
Vous pourrez donc bientôt vous satisfaire : don Garcie ne peut tarder.
DON JUAN
Il ne viendra point. Il n'apasreçu votre billet. Isabelle, sa sœur, le lui a caché, et m'a averti du rendez-vous.
DON ANDRÉ
Comment ferons-nous donc ?
DON JUAN
Allons le chercher , et l'obliger à tirer l'épée.
(Bas.) Je dois empêcher qu'ils ne se parlent; mon artifice pourroit se découvrir... (Haut.) Allons le chercher ; oui... Faisons mieux.
DON JUAN
Quoi .?
DON ANDRÉ faisant semblant de rêver.
Quand j'examine... je trouve... non... que dis -je.'' Oui, vraiment. C'est le meilleur parti.
DON JUAN
Faites-le-moi donc connoître.
DON ANDRE
Que la punition soit conforme à loffense. C'est pendant la nuit qu il a voulu vous ravir l'honneur : servezvous aussi de l'obscurité pour conduire vos coups.
DON JUAN
Que me proposez-vous , don André ? S'il est traître , son exemple m autorise - 1 - il à le devenir :'
DOjV ANDRÉ.
Ce n'est point être traître que de punir une trahison de la même manière qu'elle a été faite. Il faut garder les procédés de franchise , lorsqu'il s'agit du point d'honneur ; mais , quand il est question de se venger d'un perfide , le ressentiment ne peut fournir des armes trop noires.
DON JUAN
Un combat seroit un moyen plus noble....
L'événement en est incertain. Votre ennemi peut vous échapper.
DON JUAN
Allons donc , cher ami , je m'abandonne à vous. Que faut -il faire?
DON ANDRÉ
Don Garcie passa par-dessus le mur pour vous offenser ; faites la même chose pour en tirer vengeance. Il est déjà nuit. Nous sommes près de chez vous. Entrons (Bas.) Combien de perfidies faut-il que je fasse
pour en cacher une !