ACTE I, SCENE III. loi
inconstance, et voici ce qui acheva de m'en eclaiicir. In soir, don Sanche son parent sortoit du palais; ce cavalier n'avoit point partagé avec nous les périls de la guerre ; il traînoit à la cour une vie molle et oisive. Je passai près de lui , et je vis , à la faveur des flambeaux qui réclairoient , briller sur son cliapeau la devise que linfidèle Blanche avoit reçue de moi. Quel fut mon trouble à cette vue ! Don Sanche , lui dis-je , cette devise seroit plus juste si la perfide nymphe, {)our avoir manqué de foi, étoit morte elle-même par les main.s de l'Amour outragé ! Don Sanche répondit : Qu'importe que cet Amour ait perdu la vie , s'il en renaît un autre plus digne de la nymphe? Plus digne! m'écriai-je ; ah! si vous ne le savez, apprenez que cet Amour représenloit le mien , et que je vous surpasse en toutes choses. Vous mentez, dit brusquement don Sanche, et cest moi seul qui mérite d'être aimé de Blanche. Je condamne ici , seigneur , mon emportement ; mais je n'en fus pas maître. Je levai la main , et l'insolent don Sanche en reçut un honteux châtiment. 11 tira lépée aussitôt en criant à ses valets , qui étoient en assez grand nombre , de venger son affront. Ils veulent lui obéir. Ils m'enveloppent , ils me pressent ; mais ma colère me fiiit mépriser le péril ; je joins mon rival et je le perce. 11 tombe à mes pieds. Je le crois mort , et je ne songe plus qu à me retirer. Ses valets me poursuivent ; mais le mien , se sentant à mes côtés , courageusement m'aide à les écarter; et, la nuit favorisant notre retraite, nous gagnons la demeure d'un ami qui nous donne deux de ses meilleurs chevaux. Voilà, seigneur, de quelle manière je suis venu dans vos états , où la fortune a
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cessé de me persécuter, puisque j'ai trouvé une dame généreuse , ou plutôt une favorable divinité dont la compassion...
LE COMTE rentrant dans le salon.
Seigneur, Elvire vient d arriver.
LE ROI
Il suffit. Comte, vous voyez dans ce cavalier don Félix de Mendoce. Il est sorti de Castille pour des raisons qui regardent son honneur et sa sûreté. Le roi , son maître, m'écrit en sa faveur. Je ne puis mieux le confier qu'à votre zèle. Vous veillerez sur ses jours, et vous m'en répondrez.
LE COMTE
Je mets ma gloire à vous obéir.
LE ROI sortant.
Je mets la mienne à le protéger.