ACTE ir, SCÈNE II. Il
RAMIRE
Puisque mon maître aime votre maîtresse , il faut bien que je vous aime aussi. C'est la règle en Castille.
BÉATRIX
On en use à peu près de même en Aragon.
RAMIRE
J'en suis ravi.
BÉATRIX
Vous avez donc envie de me plaire ?
RAMIRE
Vous n'en devez pas douter.
BÉATRIX
Cela étant ainsi , je crains fort
RAMIRE
Quoi ?
De vous trop aimer.
RAMIRE
Tout de bon ? Me trouvez - vous assez bien taillé pour mériter
BÉATRIX
Comment, bien taillé? Vous êtes fait à peindre. Vous avez un air original.
RAMIRE
(Bas.) Je l'ai charmée. Vivat l (Haat.) Effectivement j'étois , sans vanité , à Tolède , la coqueluche des filles de bon goût.
BÉATRIX
Je crois cela sans peine j mais dites-moi franchement , monsieur Ramire , si vous aimez avec délica- Le Sage. Théâtre. b
114 DON FELIX DE AIENDOGE
tesse. Vous contentez-vous d'inspirer de tendres sentiinens ?
RA.MIRE
Fi donc ! me prenez-vous pour un fat? Je suis homme réel, mademoiselle Béatrix.
BÉATRIX
Je vous entends; et votre franchise m enchante. Oh bien ! puisque vous me parlez à cœur ouvert , je veux suivre votre exemple , et vous avouer de bonne foi que je ne suis pas de bronze.
RAM IRE
Je le crois bien. Quelle sincérité ! Que les Aragon- !i aises sont trai tables !
BÉATRIX
Oui, mais elles ont un défaut qui pourra vous dégoûter d'elles.
RAMIRE
Quel défaut ?
BÉATRIX
Elles sont capricieuses et sujettes à des envies bizarres , à des fantaisies ridicules , que leurs amants sont obligés de satisfaire , s'ils en veulent obtenir des faveurs. , /
RAMIRE
Il n'est pas possible.
BÉATRIX
Pardonnez-moi. Par exemple , il m'en vient une en ce moment qu'il faut que vous contentiez. RAMIRE.
Quelle est-elle , s'il vous plaît ?
BÉATRIX
Ce n'est qu'une bagatelle , qu'un rien.