CHAPITRE XIII. l8l
;i bout par ses prières et par ses efforts , il leur demanda le sujet de leur différend.
Brave inconnu, lui dit un des deux cavaliers, je m'appelle don Fadrique de IMendoce, et mon ennemi se nomme don Alvaro Ponce. Nous aimons dona Theodora, cette dame que vous accompagnez : elle a toujours fait peu d'attention à nos soins, et quelques galanteries que nous ayons pu imaginer pour lui plaire , la cruelle ne nous en a pas mieux traités. Pour moi, j'avois dessein de continuer à la servir, malgré son indifférence ; mais mon rival , au lieu de prendre le même parti, s'est avisé de me faire un appel.
Il est vrai, interrompit don Alvaro, que j'ai jugé à propos d'en user ainsi : je crois que, si je n'avois point dérivai, dona Theodora pourroit m'écouter;je veux donc tâcher d'ôter la vie à don Fadrique , pour me défaire d'un homme qui s'oppose à mon bonheur.
Seigneur cavalier, dit alors le Tolédan , je n'approuve point votre combat; il offense dona Theodora; on saura bientôt dans le royaume de Valence que vous vous serez battus pour elle; l'honneur de votre dame vous doit être plus cher que votre repos et votre vie. D'ailleurs, quel fruit le vainqueur peut-il attendre de sa victoire ? Après avoir exposé la imputation de sa maîtresse, penset-il qu'elle le verra d'un oeil plus favorable ? Quel aveuglement! Croyez-moi, faites plutôt sur vous , l'un et l'autre , un effort plus digne des noms que vousportez: rendez-vous maîtres de vos transports furieux , et , par un serment inviolable, engagez-vous tous deux à souscrire à l'accommodement que j'ai à vous proposer; votre querelle peut se terminer sans qu'il en coûte de sang.
iSa I.E DIABLE BOITEUX.
Eh! de quelle manière? s'écria don Alvaro. Il faut que cette dame se déclare , répliqua le Tolédan ; qu'elle fasse choix de don Fadrique ou de vous , et que l'amant sacrifié, loin de s'armer contre son rival, lui laisse le champ libre. Jy consens , dit don Alvaro , et j'en jure par tout ce qu'il y a de plus sacré : que dona Theodora se détermine, qu'elle me préfère, si elle veut, mon rival; cette préférence me sera moins insupportable que l'affreuse incertitude où je suis. Et moi , dit à son tour don Fadrique , j'en atteste le ciel : si ce divin objet que j'adore ne prononce point en ma faveur , je vais m'éloigner de ses charmes j et si je ne puis les oublier, du moins je ne les verrai plus.
Alors le Tolédan se tournant vers dona Theodora : Madame , lui dit-il , c'est à vous de parler: vous pouvez, d'un seul mot, désarmer ces deux rivaux; vous n'avez qu'à nommer celui dont vous voulez récompenser la constance. Seigneur cavalier, répondit la dame, cherchez un autre tempérament pour les accorder. Pourquoi me rendre la victime de leur accommodement ? J'estime, à la vérité , don Fadrique et don Alvaro ; mais je ne les aime point ; et il n'est pas juste que, pour prévenir l'atteinte que leur combat pourroit porter à ma gloire , je donne des espérances que mon cœur ne sauroit avouer.
La feinte n'est plus de saison , madame , reprit le Tolédan ; il faut, s'il vous plaît, vous déclarer. Quoique ces deux cavaliers soient également bien faits , je suis assuré que vous avez plus d'inclination pour l'un que pour l'autre : je m'en fie à la frayeur mortelle dont je vous ai vue agitée.
Vous expliquez mal cette frayeur, repartit dona Théo-