CHAPITRE XV
letourner à Madrid, où il résolut de faire transporter son neveu.
Pendant que Ton faisoit les préparatifs du convoi , ia veuve de (^ifuentes combla de biens Francisque et le renégat. Le Navan-ois se retira dans sa province , et le l'enégat retourna avec sa mère à Barcelonne , où il rentra dans le christianisme , et où il vit encore aujourd'hui fort commodément. Dans ce temps-là, don Francisco reçut un paquet de la cour , dans lequel étoit la grâce de don Juan , que le roi , malgré la considération qu il avoit pour la maison de Naxera , n'avoit pu refuser à tous les Mendoce , qui s'étoient joints pour la lui demander. Cette nouvelle fut d'autant plus agréable au Tolédan, qu'elle lui procuroit la liberté d'accompagner le corps de son ami • ce qu'il n'auroit osé faire sans cela.
Enfin le convoi partit , suivi d'un grand nombre de personnes de qualité ; et sitôt qu'il fut arrivé à Madrid , on enterra le corps de don Fadrique dans une église , où Zarate et dona Theodora, avec la permission des Mendoce, lui firent élever un magnifique tombeau. Ils n'en demeurèrent point là ; ils portèrent le deuil de leur ami durant une année entière , pour éterniser leur douleur et leur amitié.
Après avoir donné des marques si célèbres de leur tendresse pour Mendoce, ils se marièrent j mais, par un inconcevable effet du pouvoir de l'amitié , don Juan ne laissa pas de conserver long-temps une mélancolie que rien ne pouvoit bannir. Don Fadrique , son cher don Fadrique , étoit toujours présent à sa pensée : il le voyoit toutes les nuits en songe , et le plus souvent tel i[u'il l'avoit vu rendant les derniers soupirs. Son esprit
pourtant commencoit à se distraire de ces tristes images : les charmes de Theodora , dont U étoit toujours épris , triomphoient peu à peu d'un souvenir funeste ; enfin , don Juan alloit vivre heureux et content; mais ces jours passés il tomba de cheval en chassant ; il se blessa à la tête, il s'y est formé un abcès. Les médecins ne l'ont pu sauver : il vient de mourir ; et Theodora , qui est cette dame que vous voyez entre les bras de deux femmes qui veillent sur son désespoir, pourra le suivre bientôt.