‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravures (volume 5)Chapitre 148 sur 193 · CHAPITRE XV. lb · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV. lb

redoubloient leurs pleurs, don Fadrique, qui s'en aperçut, et qui se se ntoit très- mal, poursuivit ainsi : Je me laisse trop attendrir ; déjà la mort m'environne , et je ne songe pas à supplier la bonté divine de me pardonner d'avoir moi-même borné le cours d'une vie dont elle seule devoit disposer. Après avoir achevé ces paroles , il leva les yeux au ciel avec toutes les apparences d'un véritable repentir, et bientôt l'hémorragie causa une suffocation qui l'emporta.

Alors don Juan , possédé de son désespoir , porte la main sur sa plaie ; il arrache l'appareil , il veut la rendre incurable ; mais Francisque et le renégat se jettent sur lui , et s'opposent à sa rage. Theodora est effrayée de ce transport : elle se joint au renégat et au Navarrois pour détourner don Juan de son dessein. Elle lui parle d'un air si touchant, qu'il rentre en lui-même; il souffre que l'on rebande sa plaie ; et enfin l'intérêt de l'amant calme peu à peu la fureur de l'ami. Mais s il reprit sa raison , il ne s'en servit que pour prévenir les effets insensés de sa douleur, et non pour en affoiblir le sentiment.

Le renégat, qui , parmi plusieurs choses qu'il emportoit en Espagne, avoit de l'excellent baume d'Arabie et de précieux parfums, embauma le corps de Mendoce, à la prière de la dame et de don Juan , qui témoignèrent qu'ils souhaitoient de lui rendre à Valence les honneurs de la sépulture. Ils ne cessèrent tous deux de gémir et de soupirer pendant toute la navigation. Il n'en fut pas de même du reste de l'équipage : comme le vent étoit toujours favorable, il ne tarda guère à découvrir les côtes d'Espagne.

a5i4 I-E DIABI.E BOITEUX.

A cette vue tous les esclaves se livrèrent à la joie ; et, quand le vaisseau fut heureusement arrivé au port de Dénia, chacun prit son parti. La veuve de Cifuentes et le Tolédan envoyèrent un courrier à Valence , avec des lettres pour le gouverneur et pour la famille de dona Theodora. La nouvelle du retour de cette dame fut reçue de tous ses parents avec beaucoup de joie. Pour don Francisco de Mendoce , il sentit une vive affliction quand il apprit la mort de son neveu.

Il le fit bien paioitre , lorsque, accompagné des parents de la veuve de Gfuentes, il se rendit à Dénia, et qu il voulut voir le corps du malheureux don Fadrique : ce bon vieillard le mouilla de ses pleurs , en faisant des plaintes si pitoyables, que tous les spectateurs en furent attendris. Il demanda par quelle aventure son neveu se trouvoit dans cet état.

Je vais vous la conter, seigneur, lui dit le Tolédan loin de chercher à l'elfacer de ma mémoire , je prends un funeste plaisir à me la rappeler sans cesse, et à nourrir ma douleur. Il lui dit alors comment étoit arrivé ce triste accident 5 et ce récit, en lui arrachant de nouvelles larmes, redoubla celles de don Francisco. A l'égard de Theodora, ses parents lui marquèrent la joie qu'ils avoient de la revoir, et la félicitèrent sur la manière miraculeuse dont elle avoit été délivrée delà tyrannie de Mezzomorto.

Après un entier éclaircissement de toutes choses , on mit le corps de don Fadrique dans un carrosse , et on le conduisit à Valence j mais il n'y fut point enterré, parce que le temps de la vice-royauté de don Francisco étant près d'expirer, ce seigneur se préparoit à s'en

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