‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravures (volume 5)Chapitre 187 sur 193 · LES BÉQUILLES · texte numérisé non relu

LES BÉQUILLES

DU

Monsieur,

Je vous annonce une nouvelle édition du Diable boiteux. Malgré l'ancienne rancune que nous conservons depuis le péché originel contre la gent diabolique, tout le monde aime Asmodée : on le lit , on le caresse ; jamais diable n'a été si fêté.

Il auroit pu paroître aux yeux de don Cleophas sous une forme plus gracieuse, et tel que les poètes l'ont représenté, sous le beau nom de Gupidon; mais, ennemi du déguisement, il se montre à son libérateur dans toute sa laideur naturelle , pour lui témoigner qu'il ne veut rien lui cacher. Voilà un exemple de franchise peu commune. Combien d'amants n'ont jamais eu le bonheur de voir le visage de leur maîtresse sans agréments étrangers ! Après tout, tel qu'il est, il ressemble mieux au démon de la volupté , qu'avec les grâces et la beauté que l'antiquité lui donne en le nommant le dieu d'amour j et son manteau , avec les figures ingénieuses qui y sont peintes, lui sied mieux que les ailes dorées, le carquois et le bandeau.

Au reste, sa difformité est bien compensée par son bon caractère et son esprit. Il s'acquitte scrupuleusement de sa parole j il rend à don Cleophas les plus grands ser-

Le Diablk boiteux. aa

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