CHAPITRE III. ig
admirez, est une machine qui a épuisé les mécaniques. Sa gorge et ses hanches sont artificielles ; et il n'y a pas long-temps qu'étant allée au sermon, elle laissa tomber ses fesses dans l'auditoire. Néanmoins, comme elle se donne un air de mineure , il y a deux jeunes cavaliers qui se disputent ses bonnes grâces. Ils en sont même venus aux mains pour elle. Les enragés ! il me semble que je vois deux chiens qui se battent pour un os.
Riez avec moi de ce concert qui se fait assez près de là dans une maison bourgeoise , sur la fin d'un souper de famille. On y chante des cantates. Un vieux jurisconsulte en a fait la musique, et les paroles sont d'un alguazil ' qui fait l'aimable , d'un fat qui compose des vers pour son plaisir et pour le supplice des autres. Une cornemuse et une épinette forment la symphonie. Un grand flandrin de chantre à voix claire fait le dessus , et une jeune fille , qui a la voix fort grosse , fait la basse. 0 1a plaisante chose! s'écria don Cleophas en riant: quand on voudroit donner exprès un concert ridicule , on n'y réussiroit pas si bien.
Jetez les yeux sur cet hôtel magnifique , poursuivit le démon ; vous y verrez un seigneur couché dans un superbe appartement. Il a près de lui une cassette remplie de billets doux. Il les lit pour s'endormir voluptueusement, car ils sont d'une dame qu'il adore , et qui lui fait faire tant de dépenses , qu'il sera bientôt réduit à solliciter une vice-royauté.
Si tout repose dans cet hôtel, si tout y est tranquille.
' Un alguazil est ce que sont en France les commissaires , excepté qu'il porte l'épée.
en récompense on se donne bien du mouvement datis la maison prochaine à main gauche. Y démêlez-vous une dame dans un ht de damas rouge? C'est une personne de condition. C'est dona Fabula , qui vient d'envoyer chercher une sage-femme , et qui va donner un héritier au vieux don Torribio , son mari , que vous voyez auprès d'elle. N'êtes-vous pas charmé du bon naturel de cet époux ? Les cris de sa chère moitié lui percent l'àme : il est pénétré de douleur; il souffre autant qu'elle. Avec quel soin et quelle ardeur il s'empresse à la secourir ! Effectivement, dit Leandro , voilà un homme bien agité ; mais j'en aperçois un autre qui paroît dormir d'un profond sommeil dans la même maison, sans se soucier du succès de l'affaire. La chose doit pourtant l'intéresser , reprit le boiteux, puisque c'est un domestique qui est la cause première des douleurs de sa maîtresse.
Regardez un peu au delà, continua-t-il, et considérez dans une salle basse cet hypocrite qui se frotte de vieuxoing pour aller à une assemblée de sorciers qui se tient cette nuit entre Saint-Sébastien et Fontarabie. Je vous }■ porterois tout à l'heure pour vous donner cet agréable passe-temps , si je ne craignois d'être reconnu du démon qui fait le bouc à cette cérémonie.
Ce diable et vous, dit l'écolier, vous n'êtes donc pas bons amis? Non parbleu, reprit Asmodée. C'est ce même Pillardoc dont je vous ai parlé. Ce coquin me trahiroit; il ne manqueroit pas d'avertir de ma fuite mon magicien. Vous avez eu peut-être encore quelque démêlé avec ce Pillardoc ? Vous l'avez dit , reprit le démon : il y a deux ans que nous eûmes ensemble un nouveau •différend pour un enfant de Paris qui songeoit à s'éta-