‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravures (volume 5)Chapitre 38 sur 193 · CHAPITRE III. u · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. u

libéral que ceux à qui il a déjà dédié daulies livres; mais les gens qui paient des épitres dédicatoires soiii bien rares aujourd hui : c'est un défaut dont les seij^neurs se sont corrigés, et par là ils ont rendu un grand service au public, qui étoit accablé de pitoyables productions desprit, attendu que la plupart des livres ne se faisoient autrefois que pour le produit des dédicaces.

A propos d épître dédicatoire , ajouta le démon , d faut que je vous rapporte un trait assez singulier. Une femme delà cour ayant permis qu on lui dédiât un ouvrage, en voulut voir la dédicace avant qu on limprimâl j et ne s'y trouvant pas assez bien louée à son gré , elle prit la peine d en composer une de sa façon , et de l'envoyer à l'auteur, pour la mettre à la tète de son ouvrage.

11 me semble, s'écria Leandro , que voilà des voleurs qui s'introduisent dans une maison par un balcon. Vous ne vous trompez point, dit Asniodée, ce sont des voleurs de nuit. Ils entrent chez un banquier : suivons-les de fœil ; voyons ce qu ils feront. Ils visitent le comptoir j ils fouillent partout : mais le banquier les a prévenus ; il partit hier pour la Hollande , avec tout ce qu il avoit d argent dans ses coffres.

Examinons, dit Zambullo, un autre voleur qui monte par une échelle de soie à un balcon. Celui-là nest pa^ ce que vous pensez , répondit le boiteux ; c'est un marquis qui tente l'escalade, pour se couler dans la chambre d'une fille qui veut cesser de lètre. 11 lui a jure trèslégèrement qu'il l'épousera, et elle n'a pas manqué de se rendre à ses serments ; car , dans le commerce de

laniour , les marquis sont des négociants qui ont grand crédit sur la place.

Je suis curieux, reprit Técoller, d'apprendre ce que fait certain homme que je vois en bonnet de nuit et en robe de chambre. Il écrit avec application , et il y a près de lui une petite figure noire qui lui conduit la main en écrivant. L'homme qui écrit, répondit le Diable, est un greffier qui, pour obliger un tuteur très-reconnoissant, altère un arrêt rendu en faveur d'un pupille; et la petite figurenoire qui lui conduit la main est Griffaël, le démon des greffiers. Ce Griffaël , répliqua don Cleophas, n'occupe donc cet emploi que par intérim : puisque Flagel est l'esprit du barreau , les greffes, ce me semble, doivent être de son département? Non, répartit Asmodée ; les greffiers ont été jugés dignes d'avoir leur diable particulier , et je vous jure qu'il a de l'occupation de reste.

Considérez dans une maison bourgeoise, auprès de celle du greffier , une jeune dame qui occupe le premier appartement. C'est une veuve , et l'homme que vous voyez avec elle est son oncle, qui loge au second étage. Admirez la pudeur de cette veuve : elle ne veut pas prendre sa chemise devant son oncle j elle passe dans un cabinet , pour se la faire mettre par un galant qu'elle y a caché.

Il demeure chez le greffier un gros bachelier boiteux de ses parents , qui n'a pas son pareil au monde pour plaisanter. \olumnius,si vanté par Cicéron pour les traits piquants et pleins de sel, n'étoit pas un si fin railleur. Ce bachelier , nommé par excellence dans Madrid , le bachelier Donoso, est recherché de toutes les

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