‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravures (volume 5)Chapitre 59 sur 193 · CHAPITRE V. (h · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. (h

VOUS prie, les transports de votre colère : quel est von e dessein ? Mon fils , répondit le vieillard , vous retenez mon bras! vous croyez sans doute qu'il manque de torcc pour nous venger. Hé bien ! tirez donc raison vousmême de l'offense qu'on nous a faite ; aussi bien est-ce pour cela que je vous ai mandé de revenir à Madrid. Si vous périssez , je prendrai votre place ; il faut que le comte tombe sous nos coups, ou qu'il nous ôte à tous deux la vie, après nous avoir ôté Ibonneur.

Mon père, reprit don Pèdre, je ne puis accorder à votre impatience ce qu'elle attend de moi. Bien loin d attenter à la vie du comte, je ne suis venu ici que pour la défendre. Ma parole y est engagée; mon bonneur le demande. Sortons, comte, poursuivit-il en s'adressant à Belflor. Ah! lâche, interrompit don Luis, en regardant don Pèdre d'un œil irrité ; tu t'opposes toi-même à une vengeance qui devroit t occuper tout entier! Mon fils, mon propre fils est d'intelligenae avec le peifide qui a suborné ma fille! Mais n'espère pas tromper mon ressentiment : je vais appeler tous mes domestiques; je veux (ju'ils me vengent de sa trahison et de ta lâcheté.

Seigneur, répliqua don Pèdre, rendez plus de justice à votre fils. Cessez de le traiter de lâche : il ne mérite point ce nom odieux. Le comte ma sauvé la vie cette nuit. Il m'a proposé, sans me connoitre, de faccompagner à son rendez-vous. Je me suis offert à partager les périls qu'il y pouvoit courir, sans savoir que ma reconnoissîince engageoit imprudemment mon bras contre l'honneur de ma famille. Ma parole m oblige tlonc à défendre ici ses jours : par là je m'acquitte envers lui; mais je ne ressens pas moins vivement (pie vous l'injure qu il

hi) LE DIABLE BOITEUX.

nous a faite ; et dès demain vous me verrez chercher à répandre son sang avec autant d'ardeur que vous m'en voyez aujourd hui à le conserver.

Le comte , qui n avoit point parlé jusque là , tant il avoit été frappé du merveilleux de cette aventure , prit alors la parole : Vous pourriez, dit-il à l'écolier, assez mal venger cette injure par la voie des armes ; je veux vous offrir un moyen plus sûr de rétablir votre honneur. Je vous avouerai que jusqu'à ce jour je n'ai pas eu dessein d'épouser Léonor ; mais ce matin j'ai reçu de sa part une lettre qui m'a touché , et ses pleurs viennent d'achever l'ouvrage ; le bonheur d être son époux fait à piésent ma plus chère envie. Si le roi vous destine une autre femme , dit don Luis , comment vous dispenserez-vous .'*.... Le roi ne m'a proposé aucun parti, interrompit Belflor en rougissant : pardonnez, de grâce, cette fable à un homme dont la raison étoit troublée par l'amour j c'est un crime que la violence de ma passion m'a fait commettre , et que j'expie en vous l'avouant.

Seigneur, reprit le vieillard , après cet aveu , qui sied bien à un grand cœur , je ne doute plus de votre sincérité 5 je vois que vous voulez en effet réparer l'affront que nous avons reçu j ma colère cède aux assurances que vous m'en donnez : souffrez que j'oubUe mon ressentiment dans vos bras. En achevant ces mots , il s'approcha du comte , qui s'étoit avancé pour le prévenir. Ils s'embrassèrent tous deux à plusieurs reprises; ensuite Belflor se tournant vers don Pèdre : Et vous , faux don Juan , lui dit-il , vous qui avez déjà gagné mon estime par une valeur incomparable et par des sentiments gé-

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