‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravures (volume 5)Chapitre 58 sur 193 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

que don Pèdre ne reconnût point la maison de son père? Il n'avoit garde de la reconnoître , répondit le démon • cëtoit une nouvelle demeure : don Luis avoit changé de quartier, et logeoit dans cette maison depuis huit jours ; ce que don Pèdre ne savoit pas : c'est ce que j'ailois vous dire lorsque vous m'avez interrompu. Vous êtes trop vif"; vous avez la mauvaise habitude de couper la parole aux gens : corrigez-vous de ce défaut-là.

Don Pèdre , continua le boiteux , ne croyoit donc pas être chez son père ; il ne s'aperçut pas non plus que la personne qui les introduisoit étoit la dame Marcelle, puisqu'elle les reçut sans lumière dans une antichambre où Belflor pria son compagnon de rester pendant qu il seroit dans la chambre de sa dame. L'écolier y consentit, et s'assit sur une chaise , l'épée nue à la main, de peur de surprise. Il se mit à rêver aux faveurs dont il jugea que l'amour alloit combler Belflor, et il souhaitoit d'être aussi heureux que lui^:. quoiqu'il ne fut pas maltraité de sa dame inconnue, elle n'avoit pas encore pour lui toutes les bontés que Léonor avoit pour le comte.

Pendant qu'il faisoit là-dessus toutes les réflexions que peut faire un amant passionné , il entendit qu'on essayoit doucement d'ouvrir une porte qui n'étoit pas celle des amants, et il vit paroître de la lumière par le trou de la serrure. Il se leva brusquement, s'avança vers la porte, qui s'ouvrit, et présenta la pointe de son épée à son père ; car c'étoit lui qui venqit dans l'appartement de Léonor pour voir si le comte n'y seroit point. Le bonhomme ne croyoit pas, après ce qui s'étoit passé, que sa fille et Marcelle eussent osé le recevoir encore ;

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c'est ce ({ui l'avoit empêché de les faire coucher dans lin autre appartement: il s'étoit toutefois avisé de penser que, devant entrer le lendemain dans un couvent, elles aurolent peut-être voulu l'entretenir pour la dernière fois.

Qui que tu sois, lui dit l'écolier , n'entre point ici, ou bien il t'en coûtera la vie. A ces mots , don Luis envisage don Pèdre, qui, de son côté, le regarde avec jittention. Ils se reconnoissent. Ah ! mon fils , s'écrie le vieillard , avec quelle impatience je vous attendois ! Pourquoi ne m'avez-vous pas fait avertir de votre arrivée? craignez-vous de troubler mon repos? Hélas! je n'en puis prendre , dans la cruelle situation où je me trouve ! O mon père! dit don Pèdre tout éperdu, est-ce vous que je vois ? mes yeux ne sont-ils point déçus par une trompeuse ressemblance? D'où vient cet étonnenient? reprit dont Luis; n'êtes-vous pas chez votre père? ne vous ai-je pas mandé que je demeure dans cette maison depuis huit jours? Juste ciel! répliqua l'écolier, qu'est-ce que j'entends ? je suis donc ici dans l'appartement de ma sœur ?

Gomme il achevoit ces paroles, le comte, qui avoit entendu du bruit, et qui crut qu'on attaquoit son escorte, sortit l'épée à la main de la chambre de Léonor. Dès que le vieillard l'aperçut, il devint furieux, et le montrant à son fils : Voilà , s'écria-t-il , l'audacieux qui a ravi mon repos, et porté à notre honneur une mortelle atteinte. Vengeons-nous; hâtons-nous de punir ce traître. En disant cela il tira son épée qu'il avoit sous sa robe de chambre, et voulut attaquer Belflor; mais don Pèdre le retint. Arrêtez, mon père, lui dit-il: modérez, je

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