‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravures (volume 5)Chapitre 67 sur 193 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

Des piisoiiniers.

Avant que j'entre dans ce détail , observez un peu les guichetiers qui sont à Tentrée de ces horribles lieux. Les poètes de l'antiquité n'ont mis qu'un Cerbère à la porte de leurs enfers ; il y en a ici bien davantage , comme vous voyez. ,Ces guichetiers sont des hommes qui ont perdu tout sentiment humain : le plus méchant des mes confrères pourroit à peine en remplacerun. Mais je m'aperçois, ajouta- t-il, que vous considérez avec horreur ces chambres où il n'y a pour tous meubles que des grabats : ces cachots affreux vous paroissent autant de tombeaux. Vous êtes justement étonné de la misère que vous y remarquez, et vous déplorez le sort des malheureux que la justice y retient : cependant ils ne sont pas tous également à plaindre; c'est ce que nous allons examiner.

Premièrement, il y a dans cette grande chambre à droite quatre hommes couchés dans ces deux mauvais litsj l'un est un cabaretier accusé d'avoir empoisonné un étranger qui creva l'autre jour dans sa taverne. On prétend que la qualité du vin a fait mourir le défunt; l'hôte soutient que c'est la quantité : et il sera cru en justice; car l'étranger étoit Allemand. Eh! qui a raison du cabaretier ou de ses accusateurs? dit don Cleophas. La chose est problématique, répondit le Diable. Il est bien vrai que le vin étoit frelaté; mais, ma foi, le seigneur aile-

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