‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravuresChapitre 101 sur 241 · LIVRE III, CIIAP. m · texte numérisé non relu

LIVRE III, CIIAP. m

VOUS VOUS abîmez; vos revenus sont saisis. Je suis oblio(i de lui couper la parole pour abréger ses sots discours. Le malheur, dit don Mathias, c'est que nous ne saurions nous passer de ces gens -là 5 c'est un mal nécessaire.

J'en conviens , répliqua Centellés Mais attends ,

poursuivit-il en riant de toute sa force, il me vient une idée assez plaisante. Rien n'a jamais été mieux imaginé. Nous pouvons rendre comiques les scènes sérieuses que nous avons avec eux , et nous divertir de ce qui nous chagrine. Écoute : il faut que ce soit moi qui demande à ton intendant tout l'arorent dont tu auras besoin. Tu en useras de même avec mon homme d'affaires. Qu'ils raisonnent alors tous deux tant qu'il leur plaira; nous les écouterons de sang-froid. Ton intendant viendra me rendre ses comptes ; mon homme d'affaires ira te rendre les siens. Je n'entendrai parler que de tes dissipations; tu ne verras que les miennes. Gela nous réjouira.

Mille traits brillants suivirent cette saillie , et mirent en joie les jeunes seigneurs , qui continuèrent de s'entretenir avec beaucoup de vivacité. Leur conversation fut interrompue par Gregorio Rodriguez, qui rentra suivi d'un petit vieillard qui n'avoit presque point de cheveux , tant il étoit chauve. Don Antonio voulut sortir. Adieu , don Mathias , dit-il ; nous nous reverrons tantôt. Je te laisse avec ces messieurs ; vous avez sans doute quelque affaire sérieuse à démêler ensemble. Eh ! non , non , lui répondit mon maître , demeure ; tu n'es pas de trop. Ge discret vieillard que tu vois est un honnête homme qui me prête de largent au denier cinq. Gomment au denier cinq ! s'écria Gentellés d'un air

étonné. Vive Dieu ! je te félicite d'être en si bonnes mains. Je ne suis pas traité si doucement, moi ; j'achète l'argent au poids de l'or. J emprunte d'ordinaire au denier trois. Quelle usure ! dit alors le vieil usurier; les fripons! songent-ils qu'il y a un autre monde? Je ne suis plus surpris si l'on déclame tant contre les personnes qui prêtent à intérêts. C'est le profit exorbitant que quelques-uns d'eux tirent de leurs espèces qui nous perd d'honneur et de réputation. Si tous mes confrères me ressembloient nous ne serions pas si décriés; car pour moi, je ne prête uniquement que pour faire plaisir au prochain. Ah! si le temps étoit aussi bon que je l'ai vu autrefois, je vous offrirois ma bourse sans intérêts; et peu s'en faut même, quelle que soit aujourd'hui la misère, que je ne me fasse un scrupule de prêter au denier cinq. Mais on diroit que l'argent est rentré dans le sein de la terre : on n'en trouve plus, et sa rareté oblige enfin ma morale à se relâcher.

De combien avez -vous besoin ? poursuivit -il en s'adressant à mon maître. Il me faut deux cents pistoles , répondit don Mathias. J'en ai quatre cents dans un sac, répliqua lusurier ; il n y a qu'à vous en donner la moitié. En même temps il tira de dessous son manteau un sac de toile bleue , qui me parut être le même que le paysan Talego venoit de laisser avec cinq cents pistoles à Rodriguez. Je sus bientôt ce qu'il en falloit penser, et je vis bien que Melendez ne m'avoit pas vanté sans raison le savoir-faire de cet intendant. Le vieillard vida le sac , étala les espèces sur une table , et se mit à les compter. Cette vue alluma la cupidité de mon maître ; il fut frappé de la totalité de la somme. Seigneur Des-

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