‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravuresChapitre 111 sur 241 · LIVRE III, CHAP. V. 24 ï · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAP. V. 24 ï

ces filles desprit qui savent vivre sans ennui dans le célibat.

L'héroïne du rendez vous arriva bientôt en carrosse de louage comme le jour précédent, et vêtue de superbes habits. D abord qu'elle parut dans la salle, je débutai par cinq ou six révérences de petit-maitre, accompagnées de leursplus gracieuses contorsions. Après quoi je m'approchai d'elle d un air très -familier, et lui dis : Ma princesse, vous voyez un seigneur qui en a dans l'aile, \ otre image, depuis hier, s'offre incessamment à mon esprit, et vous avez expulsé de mon cœur une duchesse qui commencoit à y prendre pied. Le triomphe est trop glorieux pour moi, réponciit-elle en ôtant son voilc'; mais je n'en ressens pas une joie pure. Un jeune seip^neur aime le changement, et son cœur est, dit-on , plus difficile à garder que la pistole volante. Eh ! ma reine , repris-je, laissons là, s'il vous plaît, l'avenir j ne songeons qu'au présent. Vous êtes belle, je suis amoureux. Si mon amour vous est agréable , engageons-nous sans réflexion. Embarquons-nous comme les matelots; n envisageons point les périls de la navigation , n'en regardons que les plaisirs.

En achevant ces paroles , je me jetai avec transport aux genoux de ma nymphe; et, pour mieux imiter les petits-maîtres, je la pressai d'une manière pétulante de faire mon bonheur. Elle me parut un peu émue de mes instances , mais elle ne crut pas devoir s'y rendre encore, et me repoussant : Arrêtez-vous, me dit-elle , vous êtes trop vif; vous avez l'air libertin. J ai bien peur que vous ne soyez un petit débauché. Fi donc! madame, m'écriai-je; pouvez-vous haïr ce qu'aiment les GiL Blas. I. I()

femmes hors du commun? Il n'y a pltis que quelques bourgeoises qui se révoltent contre la débauche. C'en est trop, reprit-elle, je me rends à une raison si forte. Je vois bien qu'avec vous autres seigneurs les grimaces sont inutiles : il f;iut qu'une femme fasse la moitié du chemin. Apprenez donc votre victoire, ajouta-t-elle avec une apparence de confusion , comme si sa pudeur eût souffert de cet aveu ; vous m'avez inspiré des sentiments que je n'ai jamais eus pour personne, et je n'ai plus besoin que de savoir qui vous êtes , pour me déterminer à vous choisir pour mon amant. levons crois un jeune seigneur, et même un honnête homme : cependant je n en suis point assurée ; et quelque prévenue que je sois en votre faveur, je ne veux pas donner ma tendresse à un inconnu.

Je me souvins alors de quelle façon le valet de don Antonio m'avoit dit qu'il sortoit d'un pareil embarras ; et voulant à son exemple passer pour mon maître : Madame, dis-je à ma veuve , je ne me défendrai point de vous apprendre mon nom ; il est assez beau pour mériter d'être avoué. Avez-vous entendu parler de don Mathias de Silva ? Oui, répondit - elle; je vous dirai même que je lai vu chez une personne de ma connoissance. Quoique déjà effronté , je fus un peu troublé de cette réponse. Je me rassurai toutefois dans le moment; et, faisant force de génie pour me tirer de là : Eh bien !

mon ange, repris-je, vous connoissez un seigneur

que je connois aussi.... Je suis de sa maison , puis-

qu il faut vous le dire. Son aïeul épousa la belle -sœur d'un oncle de mon père. Nous sommes, comme vous voyez , assez proches parents. Je m'appelle don César.

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