LIVRE III, CHAH. VIT. -i
ce qui miniposoit la nécessité de me signaler par des exploits qui m'attirassent 1 attention du général. Je fis si bien mon devoir, qu après une assez longue guerre , la paix ayant été faite, le roi , sur les bons témoignages que les officiers généraux lui rendirent de moi, me gratifia d'une pension considérable. Sensible à la générosité de ce monarque, je ne perdois pas une occasion de lui en témoigner ma reconnoissance par mon assiduité. J étois devant lui à toutes les heures où il est permis de se présenter à ses regards. Par cette conduite , je me fis insensiblement aimer de ce prince, et j'en reçus de nouveaux bienfaits.
Un jour que je me distinguai dans une course de bague , et dans un combat de taureaux qui la précéda , toute la cour loua ma force et mon adresse; et lorsque, comblé d'applaudissements , je fus de retour chez moi, j'y trouvai un billet par lequel on me mandoit qu'une dame, dont la conquête devoit plus me flatter que tout Ihonneur que je m étois acquis ce jour-là, souhaitoit de in'qntretenir, et que je n'avois , à l'entrée de la nuit , qu'à me rendre à certain lieu qu'on me marquoit. Cette lettre me fit plus de plaisir que toutes les louanges qu on mavoit données, et je m'imaginai que la personne qui ni'écrivoit devoit être une femme de la première qualité. Vous jugez bien que je volai au rendez-vous! Une vieille, -qui m'y attendoit pour me servir de guide, m'introduisit par une petite porte du jardin dans une grande maison , et m'enferma dans un riche cabinet, en me disant : demeurez ici ; je vais avertir ma maîtresse de votre arrivée. J'aperçus bien des choses précieuses dans ce cabinet, qu'éclairoient une grande quantité de bougies;
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mais je nen considérai la magnificence que pour me confirmer dans l'opinion que j'avois déjà conçue de la noblesse de la dame. Si tout ce que je voyois sembloit m assurer que ce ne pouvoit être qu'une personne du premier rang, quand elle parut elle acheva de me le persuader par son air noble et majestueux. Cependant ee n étoit pas ce que je pensois.
Seigneur cavalier, me dit-elle, après la démarche que je fais en votre faveur, il seroit inutile de vouloir vous cacher que j'ai de tendres sentiments pour vous. Le mérite que vous avez fait paroître aujourd'hui devant toute la cour ne me les a point inspirés; il en précipite seulement le témoignage. Je vous ai vu plus d'ime fois , je me suis informée de vous , et le bien qu'on m'en a dit m'a déterminée à suivre mon penchant. Ne croyez pas, poursuivit-elle , avoir fait la conquête dune altesse, je ne suis que la veuve d'un simple officier des gardes du roi ; mais ce qui rend votre victoire glorieuse , c'est la préférence que je vous donne sur un des plus grands seigneurs du royaume. Le prince de Radzivill m'aime, et n'épargne rien pour me plaire. I! n y peut toutefois réussir, et je ne souffre ses empressements que par vanité.
Quoique je visse bien à ce discours que j'avois affaire à une coquette, je ne laissai pas de savoir bon gré de cette aventure à mon étoile. Doua Hortensia ( c'est ainsi que se nommoit la dame ) étoit encore dans sa première jeunesse, et sa beauté m' éblouit. De plus, on m'offroit la possession d'un cœur qui se refusoit aux soins d'un prince : quel triomphe pour un cavalier espagnol! Je me prosternai aux pieds d'Hortense , pour la remercier de