‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravuresChapitre 118 sur 241 · LIVRE III, CHAP. VII. ajO · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAP. VII. ajO

ses bontés. Je lui dis tout ce qu'un homme galant pouvoit lui dire, et elle eut lieu d'être satisfaite des transports de reconnoissance que je fis éclater. Aussi nous séparâmes-nous tous deux les meilleurs amis du monde, après être convenus que nous nous verrions tous les soirs que le prince ne pourroit venir chez elle j ce qu'on promit de me faire savoir très-exactement. On n'y manqua pas, et je devins enfin l'Adonis de cette nouvelle Vénus.

Mais les plaisirs de la vie ne sont pas d'éternelle durée. Quelques mesures que prît la dame pour dérober la connoissance de notre commerce à mon rival, il ne laissa pas d'apprendre tout ce qu'il nous importoit fort qu'il ignorât : une servante mécontente le mit au fait. Ce seigneur, naturellement généreux, mais fier, jaloux et violent , fut indigné de mon audace. La colère et la jalousie lui troublèrent l'esprit j et, ne consultant que sa fureur , il résolut de se venger de moi d une manière infâme. Une nuit que j'étois chez Hortense, il vint m'attendre à la petite porte du jardin , avec tous ses valets armés de bâtons. Dès que je sortis, il me fit saisir par ces misérables , et leur oixlonna de m'assominer. Frappez , leur dit-il ; que le téméraire périsse sous vos coups ! c'est ainsi que je veux punir son insolence. Il n'eut pas achevé ces paroles , que ses gens m'assaillirent tous ensemble, et me donnèrent tant de coups de bâton, qu'ils m'étendirent sans sentiment siu' la place ; après quoi ils se retirèrent avec leur maître , pour qui cette cruelle exécution avpit été un spectacle bien doux. Je demeurai le reste de la nuit dans létat où ils m'avoient mis. A la pointe du jour il passa

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près de moi quelques personnes qui , s apercevant que

je respirois encore , eurent la charité de nie portei-

chez un chirurgien. Par bonheur mes blessures ne o

se ti'ouvèrent pas mortelles , et je tombai entre les mains d'un habile homme, qui me guérit eu deux mois parfaitement. Au bout de ce temps - là je reparus à la cour , et repris mes premières brisées , excepté que je ne retournai plus chez Hortense , qui de son côté ne fit aucune démarche pour me revoir , parce que le prince, à ce prix-là, lui avoit pardonné son infidélité.

Gomme mon aventure n'étoit ignorée de personne, et que je ne passois pas pour un lâche, tout le monde s'étonnoit de me voir aussi tranquille que si je n'eusse pas reçu un affront ; car je ne disois pas ce que je pensois, et je semblois n'avoir aucun ressentiment. On ne savoit que s'imaginer de ma fausse insensibilité. Les uns croyoient que, malgré mon courage, le rang de l'offenseur me tenoit en respect et m'obligeoit à dévorer l'offense; les autres, avec plus de raison, se déficient de mon silence , et regardoient comme un calme trompeur la situation paisible oii je paroissois être. Le roi jugea, comme ces derniers, que je n'étois pas homme à laisser un outrage impuni , et que je ne manquerois pas de me venger sitôt que j'en trouverois une occasion favorable. Pour savoir s'il devinoit ma pensée, il me fit entrer un jour dans son cabinet, où il me dit : Don Pompeyo , je sais l'accident qui vous est arrivé , et je sui^ surpris , je l'avoue , de votre tranquillité : vous dissimulez certainement. Sire, lui répondis-je , j'ignore qui peut être l'offenseur ; j ai été

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