‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravuresChapitre 119 sur 241 · LIVRE m, CHAP. VII · texte numérisé non relu

LIVRE m, CHAP. VII

attaqué la nuit par des gens inconnus : c'est un malheur dont il faut bien que je me console. Non , non, répliqua le roi , je ne suis point la dupe de ce discours peu sincère ; on ma tout dit. Le prince de Radzivlll vous a mortellement offensé. Vous êtes noble et Castillan ; je sais à quoi ces deux qualités vous engagent. Vous avez formé la résolution de vous venger. Faites- moi confidence du parti que vous avez pris ; je le veux. Ne craignez point de vous repentir de m" avoir confié votre secret.

Puisque votre majesté me l'ordonne, lui repartis-je, il faut donc que je lui découvre mes sentiments. Oui , seigneur, je songe à tirer vengeance de l'affront qu'on m'a fait. Tout homme qui porte un nom pareil au mien en est comptable à sa race. Vous savez l'indigne traitement que j'ai reçu; et je me propose d'assassiner le prince, pour me venger d'une manière qui réponde à l'offense. Je lui plongerai un poignard dans le sein , ou lui casserai la tête d'un coup de pistolet , et je me sauverai , si je puis , en Espagne \ voilà quel est mon dessein.

Il est violent, dit le roi; néanmoins je ne saurois le condamner. Après le cruel outrage que Radzivill vous a fait, il est digne du châtiment que vous lui réservez. Mais n'exécutez pas sitôt votre entreprise; laissez-moi chercher un tempérament pour vous accommoder tous deux. Ah ! seigneur, m écriai-je avec chagrin , pourquoi m'avez-vous obligé de vous révéler mon secret "^ Quel tempérament peut Si je n'en trouve pas qui vous satisfasse, interrompit-il, vous pourrez faire ce que vous avez résolu. Je ne prétends point abuser de la confidence

que vous m'avez faite : je ne trahirai point votre honneur; soyez sans inquiétude là-dessus.

J'étois assez en psine de savoir par quel moven le roi prétendoit terminer cette affaire à l'amiable ; voici comme il s'y prit. Il entretint en particulier mon rival. Prince , lui dit-il , vous avez offensé don Pompeyo de Castro. \ous n'ignorez pas que c'est un homme d'une naissance illustre, un cavalier que jaime, et qui m'a bien servi. \ous lui devez une satisfaction. Je ne suis pas d humeur à la lui refuser, répondit le prince. S il se plaint de mon emportement , je suis prêt à lui en faire raison par la voie des armes. Il faut une autre répai-ation, reprit le roi; un gentilhomme espagnol entend trop bien le point d'honneur pour vouloir se battre noblement avec un lâche assassin. Je ne puis vous appeler autrement; et vous ne sauriez expier l'indignité de votre action qu'en présentant vous-même un bâton à votre ennemi , et qu'en vous offrant à ses coups. O ciel! s'écria mon rival ; quoi ! sire , vous voulez qu'un homme de mon rang s'abaisse , qu'il s humilie devant un simple cavalier , et qu'il en reçoive même des coups de bâton ! Non, repartit le monarque, j'obligerai don Pompeyo à me promettre qu'il ne vous frappera point. Demandezlui seulement pardon de votre violence en lui présentant un bâton ; c'est tout ce que j'exige de vous. Et c'est trop attendre de moi, sire, interrompit brusquement Radziviil : j'aime mieux demeurer exposé aux traits cachés que son ressentiment nie prépare. Vos jours me sont chers , dit le roi , et je voudrois que cette affaire n'eût point de mauvaises suites. Pour la finir avec moins de désagrément pour vous, je serai

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