‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravuresChapitre 125 sur 241 · LIVRE III, CHAP. IX. 2JI · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAP. IX. 2JI

qui nous égale aux personnes de la cour. Oui vraiment , repris-je, vous êtes de niveau, sans contredit, les uns aux autres. Peste ! les comédiens ne sont pas des maroufles, comme je le croyois, et vous me donnez une forte envie de servir de si honnêtes gens. Eh bien ! repartit-elle , tu n'as qu'à revenir dans deux jours. Je ne te demande que ce temps-là pour disposer ma maîtresse à te prendre : je lui parlerai en ta faveur. J'ai quelque ascendant sur son espritj je suis persuadée que je te ferai entrer ici.

Je remerciai Laure de sa bonne volonté. Je lui témoignai que j'en étois pénétré de reconnoissance, et je l'en assurai avec des transports qui ne lui permirent pas d'en douter. Nous eûmes tous deux un assez long entretien , qui auroit encore duré , si un petit laquais ne fut venu dire à ma princesse qu'Arsénié la demandoit. Nous nous séparâmes. Je sortis de chez la comédienne, dans la douce espérance d'y avoir bientôt bouche à cour , et je ne manquai pas d'y retourner deux jouis après. Je t'attendois, me dit la suivante, pour t'assurer que tu es commensal dans cette maison. Viens , suis-moi; je vais te présenter à ma maîtresse. A ces paroles, elle me mena dans un appartement composé de cinq à six pièces de plain-pied, toutes plus richement meublées les unes que les autres.

Quel luxe ! quelle magnificence ! Je me crus chez une vice - reine , ou, pour mieux dire, je m'imaginai voir toutes les richesses du inonde amassées dans un même lieu. Il est vrai qu'il y en avoit de plusieurs nations , et qu'on pouvoit définir cet appartement le temple d'une déesse où chaque voyageur apportoit

Gir. BLAS.

pour offrande quelques raretés de son pays. J'aperçus la divinité assise sur un gros carreau de satin ; je la trouvai charmante , et grasse de la fumée des sacrifices. Elle étoit dans un déshabillé galant, et sçs belles mains s'occupoient à préparer une coiffure nouvelle pour jouer son rôle ce jour-là. Madame , lui dit la soubrette , voici l'économe en question \ je puis vous assurer que vous ne sauriez avoir un meilleur sujet. Arsénié me regarda très-attentivement , et j'eus le bonheur de ne lui pas déplaire. Comment donc , Laure , sécria-t-elle, mais voilà un fort joli garçon! je prévois que je m'accommoderai bien de lui. Ensuite m'adressant la parole : Mon enfant, ajouta-t-elle , vous me convenez , et je n'ai qu'un mot à vous dire: vous serez content de moi si je le suis de vous. Je lui répondis que je ferois tous mes efforts pour la servir à son gré. Gomme je vis que nous étions d'accord, je sortis sur-le-champ pour aller chercher mes hardes , et je revins m'installer dans cette maison.

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