‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravuresChapitre 13 sur 241 · LIVRE I, GHAP. IV · texte numérisé non relu

LIVRE I, GHAP. IV

mon côté, et remarquant que j'étois pâle et défait : Mon ami, me dit-il, reviens de ta frayeur: on ne te veut faire aucun mal. Nous avions besoin d'un valet pour soulager notre cuisinière; nous t'avons rencontré, cela est heureux pour toi. Tu tiendras ici la place d'un garçon qui s'est laissé mourir depuis quinze jours. G'e toit un jeune homme d'une complexion très-délicate. Tu me parois plus robuste que lui , tu ne mourras pas si tôt. Véritablement tu ne reverras plus le soleil ; mais, en récompense, tu feras bonne chère et beau feu. Tu passeras tes jours avec Léonarde, qui est ime créature fort humaine : tu auras toutes tes petites commodités. Je veux te faire voir , ajouta-t-il , que tu n'es pas ici avec des gueux. En même temps il prit un llambeau , et m'ordonna de le suivre.

Il me mena dans une cave, où je vis une infinité de bouteilles- et de pots de terre bien bouchés, et qui étoient pleins, disoit-il, d'un vin excellent. Ensuite il me fit traverser plusieurs chambres. Dans les unes, il y avoitdes pièces de toile; dans les autres , des étoffes de laine et des étoffes de soie. J'aperçus dans une autre de l'or et de l'argent, sans compter beaucoup de vaisselle à diverses armoiries. Après cela, je le suivis dans un grand salon que trois lustres de cuivre éclairoient, et qui servoit de communication à d autres chambres. Il me fit là de nouvelles questions. 11 me demanda comment je me nommois , pourquoi j'étois sorti d'Oviédo ; et lorsque j eus satisfait sa curiosité : Eh bien! GilBlas, me dit-il, puisque tu n'as quitté ta patrie que pour chercher quelque bon poste, il faut que tu sois né coiffé, pour être tombé entre nos mains.

2^ GII. BLAS.

Je te l'ai déjà dit, tu vivras ici dans l'abondance, et rouleras sur l'or et sur l'argent. D'ailleurs, tu y seras en sûreté. Tel est ce souterrain , que les offuners de la sainte Hermandad' viendroient cent fois dans cette lorèt sans le découvrir. L'entrée n'en est connue que de moi seul et de mes camarades. Peut-être me demanderas-tu comment nous l'avons pu faire sans que les habitants des environs s'en soient aperçus ; mais apprends , mon ami , que ce n'est point notre ouvrage , et qu'il est fait depuis long-temps. Après que les Maures se furent rendus maîtres de Grenade, de l'Aragon et de presque toute l'Espagne, les chrétiens qui ne voulurent point subir le joug des infidèles prirent la fuite, et vinrent se cacher dans ce pays-ci , dans la Biscaye et dans les Asturies, où le vaillant don Pelage s'étoit retiré. Fugitifs et dispersés par pelotons, ils vivoient dans les montafjnes ou dans les bois. Les uns demeuroient dans les cavernes, et les autres firent plusieurs souterrains, du nombre desquels est celui-ci. Ayant ensuite eu le bonheur de chasser d'Espagne leurs ennemis , ils retournèient dans les villes. Depuis ce tempslà leurs retraites ont servi d'asile aux gens de notre profession. Il est vrai que la sainte Hermandad en a découvert et détruit quelques-unes; mais il en reste encore ; et , grâces au ciel , il y a près de quinze années que j'habite impunément celle-ci. Je m'appelle le capitaine

' Uennandad , confrérie. La sainte Hermandad, troupe établie en Espagne contre les voleurs de grands chemins et les autres malfaiteurs. C'étoit nne marécbaassée plas particulièrement affectée à l'inquisition. Elle se refasoit qnelquefoi.s à remplir les ordres des magistrats civils et du roi même, lorsque ces ordres pouvoient être en concuirence avecles ' inléièls du saint-oflîcc.

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Rolandu. Je suis chef de la compagnie; et 1 homme que tu as vu avec moi est un de mes cavaUers.

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