‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravuresChapitre 135 sur 241 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Gil Blas ne pouvant s'accoutumer aux mœurs des comédiennes quitte le service d'Arsénié, et trouve une plus honnête maison.

Bonne résointion récompensée. — Vieux militaire conteur. — Présomption galante d'un valet.

Un reste d'honneur et de religion , que je ne laissois pas de conserver parmi des mœurs si corrompues, me fit résoudre non seulement à quitter Arsénié , mais à rompre même tout commerce avec Laure, que je ne pouvois pourtant cesser d'aimer , quoique je susse bien qu'elle me faisoit mille infidélités. Heureux qui peut ainsi profiter des moments de raison qui viennent troubler les plaisirs dont il est trop occupé! Un beau matin je fis mon paquet, et, sans compter avec Arsénié, qui ne me devoit à la vérité presque rien, sans prendre congé de ma chère Laure, je sortis de cette maison où l'on ne respiroit qu'un air de débauche. Je n'eus pas plus tôt fait cette bonne action que le ciel m'en récompensa. Je rencontrai l'intendant de feu don Malhias mon maître ; je le saluai : il me reconnut , et s'arrêta pour me demander qui je servois. Je lui répondis que depuis un instant

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